Randevoo پادکست فارسی راندوو
Randevoo - Episode 22

Randevoo - Episode 22

April 26, 2019

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29.
Régime dépressif

Être seul est devenu une maladie honteuse. Pourquoi tout le monde fuit-il la solitude ? Parce qu’elle oblige à penser. De nos jours, Descartes n’écrirait plus : « Je pense donc je suis. » Il dirait : « Je suis seul donc je pense. » Personne ne veut la solitude, car elle laisse trop de temps pour réfléchir. Or plus on pense, plus on est intelligent, donc plus on est triste.

Je pense que rien n’existe. Je ne crois plus en rien. Je ne me sers à rien. Ma vie ne m’est d’aucune utilité. Qu’y a-t-il ce soir sur le câble ?

Seule bonne nouvelle : le malheur fait maigrir. Personne ne mentionne ce régime-là, qui est pourtant le plus efficace de tous. La Dépression Amincissante. Vous pesez quelques kilos de trop ? Divorcez, tombez amoureux de quelqu’un qui ne vous aime pas, vivez seul et ressassez votre tristesse à longueur de journée. Votre surcharge pondérale aura tôt fait de disparaître comme neige au soleil. Vous retrouverez un corps svelte, dont vous pourrez profiter – si vous en réchappez.

Quel dommage que je sois amoureux, je ne peux même pas profiter de mon célibat nouveau. Quand j’étais étudiant, j’adorais être seul. Je trouvais que toutes les femmes étaient belles. « Il n’y a pas de femmes moches, il n’y a que des verres de vodka trop 

etits », avais-je coutume de répéter. Ce n’étaient pas seulement des propos d’alcoolique en herbe, je le pensais vraiment. « Toutes les femmes ont quelque chose, il suffit d’un silence amusé, d’un soupir distrait, d’une cheville qui frétille, d’une mèche de cheveux rebelle. Même le pire boudin recèle un trésor caché. Même Mimie Mathy, si ça se trouve, elle fait des trucs spéciaux ! » Alors j’éclatais de mon rire sonore, celui que j’utilise pour ponctuer mes propres blagues, celui d’avant que je ne découvre la vraie solitude.

Désormais, quand j’ai bu des alcools délayés, je marmonne seul, comme un clochard. Je vais me branler dans une cabine de projections vidéo, 88 rue Saint-Denis. Je zappe entre 124 films pornos. Un mec suce un Noir de 30 cm. Zap. Une fille attachée reçoit de la cire sur la langue et des décharges électriques sur sa chatte rasée. Zap. Une fausse blonde siliconée avale une bonne gorgée de sperme. Zap. Un mec cagoulé perce les tétons d’une Hollandaise qui hurle « Yes, Master ». Zap. Une jeune amatrice inexpérimentée se fait enfoncer un godemiché dans l’anus et un dans le vagin. Zap. Triple éjac faciale sur deux lesbiennes avec pinces à linge sur les seins et le clitoris. Zap. Une obèse enceinte. Zap. Double fist-fucking. Zap. Pipi dans la bouche d’une Thaïlandaise encordée. Zap. Merde, je n’ai plus de pièces de 10 francs et je n’ai pas joui, trop ivre pour y arriver. Je parle tout haut dans le sex-shop en faisant des moulinets avec les bras. J’achète une bouteille de 

poppers. Je voudrais être copain avec ces ivrognes de la rue Saint-Denis qui crient en titubant que les plus belles femmes du monde étaient à leurs pieds, dans le temps. Mais ceux-ci ne m’acceptent pas dans leur confrérie : ils ont plutôt envie de me casser la gueule, histoire de m’apprendre ce que c’est que de souffrir pour de vraies raisons. Alors je rentre chez moi en rampant, le visage inondé de poppers renversé,

puant des pieds de la gueule, cela fait des années que je n’ai pas été aussi saoul, avec une atroce envie de dégueuler et de chier en même temps, impossible de faire les deux à la fois, il va falloir choisir. Je choisis d’évacuer d’abord ma diarrhée, assis sur les WC, un coulis infect éclabousse la faïence en schlinguant, mais soudain l’envie de gerber est trop forte, je me retourne pour vomir une bile acide qui m’arrache la gueule dans la cuvette, à quatre pattes cul nu dans l’odeur de désinfectant, et voici que la chiasse me reprend à toute force et je finis par projeter un litre de merde liquide pestilentielle sur la porte en chialant et en appelant ma mère. 

 

30.
Correspondance (II)

La troisième lettre fut la bonne. Merci la Poste ; le téléphone, le fax ou Internet ne surpasseront jamais en beauté romanesque le bon vieux danger de la liaison épistolaire.

 

« Chère Alice,

Je t’attendrai tous les soirs à sept heures, sur un banc, place Dauphine. Viens ou ne viens pas, mais j’y serai, tous les soirs, dès ce soir.

Marc. »

 

Je t’ai attendue lundi, sous la pluie. Je t’ai attendue mardi, sous la pluie. Mercredi il n’a pas plu, tu es venue. (On dirait une chanson d’Yves Duteil.)

— Tu es venue ?

— Oui, on dirait.

— Pourquoi tu n’es pas venue lundi et mardi ?

— Il pleuvait…

— Je ne sais pas ce qui me retient de… t’offrir un téléphone portable.

Tu as souri. Fantômette cachée derrière une chevelure annonciatrice de plaisirs abscons. Manga au visage clair avec des lèvres qui me souriaient sans peser le pour et le contre. J’ai pris ta main comme un objet précieux. Puis il y a eu un silence gêné de circonstance, que j’ai voulu briser :

— Alice, je crois que c’est grave…

Mais tu m’en as empêché :

— Chut…

Puis tu t’es penchée pour m’embrasser les lèvres. Pas possible, je ne rêvais pas ? Quelque chose d’aussi délicat pouvait encore m’arriver ? J’ai voulu parler à nouveau :

— Alice, il est encore temps de reculer, vite, parce qu’après, il sera trop tard et moi, je vais t’aimer très fort, et tu ne me connais pas, je deviens très pénible 

le pour et le contre. J’ai pris ta main comme un objet précieux. Puis il y a eu un silence gêné de circonstance, que j’ai voulu briser :

— Alice, je crois que c’est grave…

Mais tu m’en as empêché :

— Chut…

Puis tu t’es penchée pour m’embrasser les lèvres. Pas possible, je ne rêvais pas ? Quelque chose d’aussi délicat pouvait encore m’arriver ? J’ai voulu parler à nouveau :

— Alice, il est encore temps de reculer, vite, parce qu’après, il sera trop tard et moi, je vais t’aimer très fort, et tu ne me connais pas, je deviens très pénible dans ces cas-là…

Mais cette fois c’est ta langue qui m’a interrompu et tous les violons de tous les plus beaux films d’amour crachent un misérable grincement à côté de la symphonie qui résonna dans ma tête.

Et si vous me trouvez ridicule, je vous emmerde.

 

Randevoo - Episode 21

Randevoo - Episode 21

April 5, 2019

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27.
Correspondance (I)

Première lettre à Alice :

 

« Chère Alice,

Tu es merveilleuse. Je ne vois pas pourquoi, sous prétexte que tu t’appelles Alice, personne ne pourrait te dire que tu es une merveille.

J’ai la tête qui tourne. On devrait interdire aux femmes comme toi de se rendre aux enterrements de mes grand-mères. Pardon pour ce petit mot. C’était ma seule chance de rester près de toi ce week-end,

Marc. »

 

Aucune réponse.

Seconde lettre à Alice :

 

« Alice,

Dis donc, tu ne serais pas la femme de ma vie, toi, tout de même ?

Tu dis que tu as peur. Et moi, alors, qu’est-ce que je devrais dire ? Tu crois que je joue alors que je n’ai jamais été plus sérieux.

Je ne sais pas quoi faire. Je voudrais te voir mais je sais qu’il ne faut pas. Hier soir j’ai accompli mon devoir conjugal en pensant à toi. C’est ignoble. Tu as dérangé ma vie, je ne veux pas déranger la tienne. Ceci sera ma dernière lettre mais je ne t’oublierai pas tout de suite.

Marc. »

Post-scriptum : « Quand on ment, qu’on dit à une femme qu’on l’aime, on peut croire qu’on ment, mais quelque chose nous a poussé à le lui dire, par conséquent c’est vrai. » (Raymond Radiguet)

 

Aucune réponse. Ce ne fut pas ma dernière lettre.

 

 

28.
Le fond du gouffre

Salut, c’est encore moi, le mort-vivant des beaux quartiers.

J’aurais aimé n’être que mélancolique, c’est élégant ; au lieu de quoi je balance entre liquéfaction et déliquescence. Je suis un zombie qui hurle à la mort d’être toujours en vie. Le seul remède contre ma migraine serait un Aspégic 1000 mais je ne peux pas en prendre car j’ai trop mal à l’estomac. Si seulement je touchais le fond ! Mais non. Je descends, toujours plus bas, et il n’y a pas de fond pour rebondir.

Je traverse la ville de part en part. Je viens regarder l’immeuble où tu vis avec Antoine. Je croyais t’avoir draguée par jeu, et voici que je me retrouve errant devant ta porte, le souffle coupé. L’amour est source de problèmes respiratoires.

Les lumières de votre appartement sont allumées. Peut-être dînes-tu, ou regardes-tu la télé, ou écoutes-tu de la musique en pensant à moi, ou sans penser à moi, ou alors peut-être que tu… que vous… Non, pitié, dis-moi que tu ne fais pas ça. Je saigne debout dans ta rue, devant chez toi, mais il n’y a pas de sang qui sort, c’est une hémorragie interne, une noyade en plein air. Les passants me dévisagent ; mais qui est ce type qui vient tous les jours contempler la façade de cet immeuble ? Y aurait-il un magnifique détail architectural qui nous aurait échappé ? Ou bien ce jeune mal rasé, aux cheveux ébouriffés, serait-il un nouveau SDF ? « Chérie, regarde : il y a des SDF en veste Agnès B, dans notre quartier. » « Tais-toi imbécile, tu vois bien que c’est un dealer de jeunes ! »

Le mai le si laid mois de mai. Avec ses ponts qui n’en finissent pas : Fête du Travail, Anniversaire du 8 mai 1945, Ascension, Pentecôte. Les longs week-ends sans Alice s’additionnent. Terrible privation organisée par l’État et la religion catholique, comme pour me punir de leur avoir désobéi à tous les deux. Stage intensif de souffrance.

Rien ne m’intéresse plus à part Alice. Elle prend toute la place. Aller au cinéma, manger, écrire, lire, dormir, danser la techno, travailler, toutes ces occupations qui constituaient ma vie d’abruti à quatre patates par mois sont désormais sans saveur. Alice a décoloré l’univers. Tout d’un coup j’ai 16 ans. J’ai même acheté son parfum pour le respirer en pensant à elle, mais ce n’était plus son odeur adorable de peau amoureuse brune endormie longues jambes ravissante minceur aux cheveux de sirène alanguie. On n’enferme pas tout cela dans un flacon.

Au XXe siècle, l’amour est un téléphone qui ne sonne pas. Après-midi entiers à guetter chaque bruit de pas dans l’escalier, comme autant de fausses joies absurdes puisque tu as annulé le rendez-vous vers midi, précipitamment, sur notre messagerie secrète. Encore une histoire d’adultère qui a mal tourné ? Eh oui, ce n’est pas très original, désolé ; je n’y peux rien si c’est tout de même la chose la plus grave qui me soit jamais arrivée. Ceci est le livre d’un enfant gâté, dédié à tous les étourdis trop purs pour vivre heureux. Le livre de ceux qui ont le mauvais rôle et que personne ne plaint. Le livre de ceux qui ne devraient pas souffrir d’une séparation qu’ils ont eux-mêmes provoquée et qui souffrent tout de même, d’une douleur d’autant plus irréparable qu’ils s’en savent les uniques responsables.

Car l’amour ce n’est pas seulement : souffrir ou faire souffrir. Cela peut aussi être les deux.

Randevoo - Episode 20

Randevoo - Episode 20

February 1, 2019

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26. فصل رابطهٔ جنسی - قسمت دوم

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Notre génération est extrêmement mal éduquée sur le plan sexuel. On croit tout savoir, parce qu’on est bombardé de films hard et que nos parents ont soi-disant fait la révolution sexuelle. Mais tout le monde sait que la révolution sexuelle n’a pas eu lieu.

Sur le sexe comme sur le mariage, rien n’a bougé d’un millimètre depuis un siècle. On approchait l’an 2000 et les mœurs étaient les mêmes qu’au XIXe – et plutôt moins modernes qu’au XVIIIe. Les mecs étaient machos, maladroits, timides, et les filles étaient pudiques, mal à l’aise, complexées à l’idée de passer pour des nymphomanes. La preuve que notre génération est nulle sexuellement, c’est le succès des émissions qui parlent de cul à la radio et à la télé, et l’infime pourcentage de jeunes qui mettent un préservatif pour faire l’amour. Cela atteste bien qu’ils sont incapables d’en parler normalement. Alors imaginez, si les jeunes sont mauvais, a fortiori, les jeunes bourgeois… Une catastrophe.

lice, elle, n’a pas fréquenté ces cercles pourris. Elle considère le sexe, non comme une obligation, mais comme un jeu dont il convient de découvrir les règles avant, éventuellement, de les modifier. Elle n’a aucun tabou, collectionne les fantasmes, veut tout explorer. Avec elle, j’ai rattrapé trente années de retard. Elle m’a appris à caresser. Les femmes, il faut les effleurer du bout des doigts, les frôler avec la pointe de la langue ; comment aurais-je pu le deviner si personne ne me l’avait dit ? J’ai découvert qu’on pouvait faire l’amour dans un tas d’endroits (un parking, un ascenseur, des toilettes de boîtes de nuit, des toilettes de train, des toilettes d’avion, et même ailleurs que dans les toilettes, dans l’herbe, dans l’eau, au soleil) avec toutes sortes d’accessoires 

(sados, masos, fruits, légumes) et dans toutes sortes de positions (sens dessus dessous, sans dessous dessus, à plusieurs, attaché, attachant, flagellant de Séville, jardinier des Supplices, distributeur de jus de couilles, pompe à essence, avaleuse de serpents, domina démoniaque, 3615 Nibs, gang-bang gratos aux Chandelles). Pour elle, je suis devenu plus qu’hétéro, homo ou bisexuel : je suis devenu omnisexuel. Pourquoi se limiter ?

Je veux bien baiser des animaux, des insectes, des fleurs, des algues, des bibelots, des meubles, des étoiles, tout ce qui voudra bien de nous. Je me suis même trouvé une étonnante capacité à inventer des histoires plus abracadabrantes les unes que les autres rien que pour les lui susurrer dans le creux de 

’oreille pendant l’acte. Un jour, j’en publierai un recueil qui choquera ceux qui me connaissent mal (Nouvelles sous ecstasy). En fait, je suis devenu un authentique obsédé pervers polymorphe, bref, un bon vivant. Je ne vois pas pourquoi seuls les vieillards auraient le droit d’être libidineux.

 

En résumé, si une histoire de cul peut devenir une histoire d’amour, l’inverse est très rare.

Randevoo - Episode 19

Randevoo - Episode 19

January 25, 2019

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26. فصل رابطهٔ جنسی

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26.
Chapitre très sexe

Il faut bien en venir à l’essentiel, à savoir le sexe. La plupart des bêcheuses de mon milieu sont persuadées que faire l’amour consiste à s’allonger sur le dos avec un abruti en smoking qui s’agite par-dessus, saoul comme une barrique, avant d’éjaculer en leur for intérieur et de se mettre à ronfler. Leur éducation sexuelle s’est faite dans les rallyes snobinards, les clubs privés chic, les discothèques de Saint-Tropez, en compagnie des plus mauvais coups de la terre : les fils-à-papa. Le problème sexuel des fils-à-papa, c’est qu’ils ont été habitués dès leur plus tendre enfance à tout recevoir sans rien donner. Ce n’est même pas une question d’égoïsme (les mecs sont tous égoïstes au lit), c’est juste que personne ne leur a jamais expliqué qu’il y avait une différence entre une fille et une Porsche. (Quand on abîme la fille, papa ne vient pas te gronder.)

Dieu merci, Anne ne faisait pas partie de cet extrême, mais elle n’était pas spécialement portée sur la chose. Notre plus grand délire sexuel eut lieu pendant notre voyage de noces, à Goa, après avoir fumé du datura. Giclage, bourrage, mouillage, spermage. Il nous fallait cette fumée pour nous décoincer sous la mousson épaisse. Mais bon, ce sommet ne fut qu’une exception hallucinée : d’ailleurs j’étais tellement épris pendant ce voyage que je l’ai même laissée me battre au ping-pong, c’est dire si je n’étais pas dans mon état normal. Oui, Anne, je te l’apprends ici même, si tu lis ce livre : pendant notre voyage de noces, j’ai fait exprès de perdre au ping-pong, OK ? ?

 

Le sexe est une loterie : deux personnes peuvent adorer ça séparément, et ne pas prendre leur pied ensemble. On pense que cela peut évoluer, mais ça n’évolue pas. C’est une question d’épiderme, c’est-à-dire une injustice (comme toutes les choses qui ont trait à la peau : le racisme, le délit de faciès, l’acné…).

En outre notre tendresse ne faisait qu’aggraver les choses. En amour la situation devient réellement inquiétante quand on passe du film classé X au babillage. À partir du moment où l’on cesse de dire : « je vais te baiser la bouche, espèce de petite pute » pour dire : « mon gnougnou d’amour chérie mimi trognon fais-moi un guili poutou », il y a lieu de tirer la sonnette d’alarme. On le voit très vite : même les voix muent au bout de quelques mois de vie commune. Le gros macho viril à la voix de stentor se met à parler comme un bambin sur les genoux de sa maman. La vamp fatale au ton rauque devient fillette mielleuse qui confond son mari avec un chaton. Notre amour fut vaincu par des intonations.

Et puis il y a ce monstrueux concept refroidisseur, le plus puissant somnifère jamais inventé : le Devoir Conjugal. Un ou deux jours sans baiser : pas grave, on n’en parle pas. Mais au bout de quatre ou cinq jours, l’angoisse du Devoir devient un sujet de conversation. Une autre semaine sans faire l’amour et tout le monde se demande ce qui se passe, et le plaisir devient une obligation, une corvée, il suffit que tu laisses encore une semaine s’écouler sans rien faire et la pression deviendra insoutenable, tu finiras par te branler dans la salle de bains devant des bédés pornos pour pouvoir bander, ce sera le fiasco garanti, le contraire du désir, voilà, c’est ça le Devoir Conjugal.

 

Randevoo - Episode 18

Randevoo - Episode 18

January 18, 2019

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25. ممنون ولفگانگ

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25.
Merci Wolfgang

Tromper sa femme n’est pas très méchant en soi, si elle ne l’apprend jamais. Je crois même que beaucoup de maris le font pour se mettre en danger, pour prendre à nouveau des risques, comme quand ils cherchaient à séduire leur épouse. En ce sens, l’adultère est peut-être une déclaration d’amour conjugal. Mais peut-être pas. En tout cas, je crois que j’aurais eu un certain mal à faire avaler cela à Anne.

Je me souviens de notre dernier dîner en tête à tête. Je préférerais ne pas m’en souvenir, mais je m’en souviens quand même. Il paraît que les mauvais moments font les bons souvenirs : j’aimerais tant que cela fût exact. En ce qui me concerne, ils demeurent ancrés en moi à la rubrique « mauvais moments » et je ne parviens pas à en ressentir une quelconque nostalgie. Je souhaiterais être réincarné en magnétoscope VHS pour pouvoir effacer ces images qui me hantent.

Anne m’accablait de reproches, puis s’en voulait de m’accabler de reproches, et c’était encore plus triste. Je lui expliquais que tout était ma faute. Je m’étais fait un film, sinon pourquoi aurais-je coupé mes cheveux si courts pendant nos trois ans de mariage ? Ils étaient longs avant, et voici que je les laissais repousser. J’étais comme Samson : les cheveux courts, je ne valais pas un clou ! En plus, je n’avais jamais osé demander sa main en bonne et due forme à son père. Le mariage n’était donc pas valable. Elle riait gentiment à mes blagues. Je me sentais morveux mais elle souriait tristement comme si elle avait toujours su que cela se terminerait ainsi, dans ce joli restau, sur cette nappe blanche éclairée aux chandelles, à discuter comme de vieux copains. Nous n’avons même pas pleuré à table. On peut s’éloigner à jamais de quelqu’un, faillir à tous ses serments, et rester assis en face d’elle sans en faire tout un plat.

Finalement elle m’annonça qu’elle m’avait trouvé un remplaçant plus célèbre, plus vieux et plus gentil que moi. C’était vrai (je le sus plus tard, le dernier informé évidemment), elle l’avait dégoté sur son lieu de travail. Je ne m’y attendais pas du tout. Je l’ai engueulée.

— Une jeune minette qui se tape des vieux est aussi nulle qu’un vieux type qui se tape des jeunes. C’est trop facile !

— Je préfère un vieux beau rassurant à un jeune moche névrosé, m’a-t-elle répondu.

J’ignore pourquoi je m’étais imaginé qu’Anne resterait veuve éplorée, inconsolable. J’ignore aussi pourquoi cette nouvelle me vexa autant. Enfin, non, je n’ignore pas pourquoi. Je découvrais simplement que j’avais un amour-propre. Petit prétentieux. On se croit irremplaçable, et on est vite remplacé. Qu’est-ce que je m’étais imaginé ? Qu’elle se tuerait ? Qu’elle se laisserait dépérir ? Pendant que je rêvais d’Alice, jeune gandin persuadé d’être un superbe play-boy couvert de femmes, Anne pensait à mon remplaçant et me cocufiait allègrement en s’arrangeant pour que tout le monde le sache. Je tombai de haut ce soir-là. Juste retour des choses. En rentrant à la maison, j’entendis Mozart à la radio.

La Beauté finit en Laideur, le destin de la Jeunesse est d’être Flétrie, la Vie n’est qu’un lent Pourrissement, nous Mourons chaque Jour. Heureusement qu’il nous reste toujours Mozart. De combien de gens Mozart a-t-il sauvé la vie ?

Randevoo - Épisode 17

Randevoo - Épisode 17

January 11, 2019

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23. رفتن

24. زیبایی آغازها

 

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23.
Partir

Je suis fasciné par l’extrême tension électrique, palpable, tremblée, qui peut se créer entre un homme et une femme qui ne se connaissent pas, sans raisons particulières, comme ça, simplement parce qu’ils se plaisent et luttent pour ne pas le montrer.

Nul besoin de parler. C’est une question de moues, de poses. C’est comme une devinette, l’énigme la plus importante de votre vie. Les gens vulgaires nomment cela l’érotisme, alors qu’il ne s’agit que de pornographie, c’est-à-dire de sincérité. Le monde peut s’écrouler, vous n’avez d’yeux que pour ces autres yeux. Au plus profond de vous-même, en cet instant, vous savez enfin.

Vous savez que vous pourriez partir tout de suite avec cet être avec qui vous n’avez pas échangé plus de trois phrases. « Partir » : le plus beau mot de la langue française. Vous savez que vous êtes prêt à l’employer. « Partons. » « Il faut partir. » « Un jour, nous prendrons des trains qui partent » (Blondin). Vos bagages sont faits, et vous savez que le passé n’est qu’un amas confus posé derrière vous qu’il faut tenter d’oublier, puisque vous êtes en train de naître.

Vous savez que ce qui se passe est très grave, et vous ne faites rien pour freiner. Vous savez qu’il n’y a pas d’autre issue. Vous savez que vous allez faire souffrir, que vous préfèreriez l’éviter, qu’il faudrait raisonner, attendre, réfléchir, mais « Partir », « Partir ! » est plus fort que tout. Tout recommencer à zéro. La case « départ » promet tellement. C’est comme si on s’était jusque-là retenu de respirer sous l’eau, en apnée juvénile. L’avenir est l’épaule nue d’une inconnue. La vie vous donne une seconde chance ; l’Histoire repasse les plats.

On pourrait croire que cette attirance est superficielle mais il n’y a rien de plus profond ; on est prêt à tout ; on accepte les défauts ; on pardonne les imperfections ; on les cherche même, avec émerveillement.

On n’est jamais attiré que par des faiblesses.

Alice était troublée, je lui faisais peur ! peur ! Pourtant le plus terrifié des deux n’était certes pas elle. Néanmoins, jamais je n’ai été aussi joyeux de foutre la trouille à quelqu’un.

 

Je ne savais pas encore que j’allais le regretter.

 

24.
Beauté des commencements

Lors d’un de nos rendez-vous clandestins, après avoir fait l’amour trois fois d’affilée en criant de plaisir à l’hôtel Henri-IV (place Dauphine), j’ai emmené Alice au Café Beaubourg. Je ne sais pourquoi, car je déteste cet endroit lugubre, comme tous les cafés « design ». Le café « design » est une invention des Parisiens pour parquer les provinciaux et déjeuner tranquilles au Café de Flore. En sortant sur la place, devant l’usine Georges-Pompidou, nous nous sommes arrêtés sous le Génitron, cette horloge qui décomptait les secondes qui nous séparaient de l’an 2000.

— Tu vois, Alice, cette horloge symbolise notre amour.

— Qu’est-ce que tu racontes ?

— Le compte à rebours est commencé… Un jour, tu t’ennuieras, je t’énerverai, tu me reprocheras de ne pas avoir rabaissé la lunette des chiottes, je passerai la soirée devant la télé jusqu’à la fin des programmes, et tu me tromperas, comme tu trompes Antoine en ce moment.

— Et voilà, ça y est, tu recommences… Pourquoi ne peux-tu pas profiter du moment présent, au lieu de t’angoisser sur notre futur ?

— Parce que nous n’avons pas de futur. Regarde les secondes qui défilent, elles nous rapprochent du malheur… Nous n’avons que trois ans pour nous aimer… Aujourd’hui tout est merveilleux, mais d’après mes calculs, ce sera fini entre nous le… 15 mars 1997.

— Et si je te quittais tout de suite, pour gagner du temps ?

— Non, non attends, j’ai rien dit…

C’est à ce moment-là que je me suis rendu compte que j’aurais mieux fait de fermer ma gueule avec mes théories à la con.

— Euh…, ai-je repris, tu voudrais pas quitter Antoine, plutôt ? Comme ça on pourrait s’installer dans la Petite Maison dans la Prairie, et regarder nos enfants grandir dans le Jardin Enchanté…

— Oui, c’est ça, fous-toi de moi, en plus ! Tu es gentil, mais pourquoi faut-il toujours que tu gâches tous nos bons moments avec tes crises de cafard ?

— Mon amour, si un jour tu me trompes, je te promets deux choses : d’abord je me suicide, et après je te fais une scène de ménage dont tu te souviendras.

 

Ainsi allions-nous, couple illégitime, promeneurs planqués côte à côte, les yeux dans les yeux, mais jamais main dans la main au cas où nous croiserions des amis de nos mari et femme.

Avec elle j’ai découvert la douceur. J’ai pris des cours de naturel, des leçons de vie. Je crois que c’est cela qui m’a séduit chez Alice. Au premier mariage on cherche la perfection, au second on cherche la vérité.

Ce qu’il y a de plus beau chez une femme, c’est qu’elle soit saine. J’aime qu’elle respire la Santé, cette prison de plaisir ! Je veux qu’elle ait envie de courir, de rire aux éclats, de se goinfrer ! Des dents aussi blanches que le blanc des yeux, une bouche fraîche comme un grand lit, des lèvres cerise dont chaque baiser est un bijou, une peau tendue comme un tam-tam, des seins ronds comme des boules de pétanque, des clavicules fines comme des ailes de poulet, des jambes dorées comme le ciel de Toscane, un cul rebondi comme une joue de bébé, et surtout, surtout 

qui décomptait les secondes qui nous séparaient de l’an 2000.

— Tu vois, Alice, cette horloge symbolise notre amour.

— Qu’est-ce que tu racontes ?

— Le compte à rebours est commencé… Un jour, tu t’ennuieras, je t’énerverai, tu me reprocheras de ne pas avoir rabaissé la lunette des chiottes, je passerai la soirée devant la télé jusqu’à la fin des programmes, et tu me tromperas, comme tu trompes Antoine en ce moment.

— Et voilà, ça y est, tu recommences… Pourquoi ne peux-tu pas profiter du moment présent, au lieu de t’angoisser sur notre futur ?

— Parce que nous n’avons pas de futur. Regarde les secondes qui défilent, elles nous rapprochent du malheur… Nous n’avons que trois ans pour nous aimer… Aujourd’hui tout est merveilleux, mais d’après mes calculs, ce sera fini entre nous le… 15 mars 1997.

— Et si je te quittais tout de suite, pour gagner du temps ?

— Non, non attends, j’ai rien dit…

C’est à ce moment-là que je me suis rendu compte que j’aurais mieux fait de fermer ma gueule avec mes théories à la con.

— Euh…, ai-je repris, tu voudrais pas quitter Antoine, plutôt ? Comme ça on pourrait s’installer 

dans la Petite Maison dans la Prairie, et regarder nos enfants grandir dans le Jardin Enchanté…

— Oui, c’est ça, fous-toi de moi, en plus ! Tu es gentil, mais pourquoi faut-il toujours que tu gâches tous nos bons moments avec tes crises de cafard ?

— Mon amour, si un jour tu me trompes, je te promets deux choses : d’abord je me suicide, et après je te fais une scène de ménage dont tu te souviendras.

 

Ainsi allions-nous, couple illégitime, promeneurs planqués côte à côte, les yeux dans les yeux, mais jamais main dans la main au cas où nous croiserions des amis de nos mari et femme.

Avec elle j’ai découvert la douceur. J’ai pris des cours de naturel, des leçons de vie. Je crois que c’est cela qui m’a séduit chez Alice. Au premier mariage on cherche la perfection, au second on cherche la vérité.

Ce qu’il y a de plus beau chez une femme, c’est qu’elle soit saine. J’aime qu’elle respire la Santé, cette prison de plaisir ! Je veux qu’elle ait envie de courir, de rire aux éclats, de se goinfrer ! Des dents aussi blanches que le blanc des yeux, une bouche fraîche comme un grand lit, des lèvres cerise dont chaque baiser est un bijou, une peau tendue comme un tam-tam, des seins ronds comme des boules de pétanque, des clavicules fines comme des ailes de poulet, des jambes dorées comme le ciel de Toscane, un cul rebondi comme une joue de bébé, et surtout, surtout 

pas de maquillage. Il faut qu’elle sente le lait et la sueur plutôt que le parfum et la cigarette.

 

Le test ultime, c’est la piscine. Les êtres se révèlent au bord des piscines : une intellectuelle lira sous son chapeau, une sportive organisera un water-polo, les narcissiques soigneront leur bronzage, les hypocondriaques se tartineront d’écran total… Si, au bord d’une piscine, vous rencontrez une femme qui refuse de mouiller ses cheveux pour ne pas les décoiffer, fuyez. Si elle plonge en gloussant, plongez-lui dessus.

 

Croyez-moi : j’ai tout essayé pour me retenir de tomber amoureux. Mettez-vous à ma place : chat échaudé craint d’être ébouillanté. Mais je ne pouvais cesser de penser à Alice. Par moments je la haïssais, je la détestais vraiment, je la trouvais ridicule, mal fagotée, lâche, vulgaire, cette grande godiche faussement romantique qui voulait garder sa petite vie chiante et installée, trouillarde minable et égoïste, une Olive (la femme de Popeye) antipathique, stupide, avec sa voix de crécelle et ses goûts de fashion victim. Puis, la minute suivante, je regardais sa photo ou entendais son adorable voix tendre au téléphone, ou bien elle m’apparaissait et me souriait, et je tombais en admiration, ébloui par tant de beauté fine, d’yeux vertigineux, de peau douce, de longs cheveux en apesanteur, c’était une sauvageonne, brune indomptable, indienne brûlante, une Esmeralda (la 

je la détestais vraiment, je la trouvais ridicule, mal fagotée, lâche, vulgaire, cette grande godiche faussement romantique qui voulait garder sa petite vie chiante et installée, trouillarde minable et égoïste, une Olive (la femme de Popeye) antipathique, stupide, avec sa voix de crécelle et ses goûts de fashion victim. Puis, la minute suivante, je regardais sa photo ou entendais son adorable voix tendre au téléphone, ou bien elle m’apparaissait et me souriait, et je tombais en admiration, ébloui par tant de beauté fine, d’yeux vertigineux, de peau douce, de longs cheveux en apesanteur, c’était une sauvageonne, brune indomptable, indienne brûlante, une Esmeralda (la femme de Quasimodo) et mon Dieu comme je bénissais alors le Ciel de m’avoir donné la chance de rencontrer pareille créature.

 

Voici un test très simple pour savoir si vous êtes amoureux ; si au bout de quatre ou cinq heures sans votre maîtresse, celle-ci se met à vous manquer, c’est que vous n’êtes pas amoureux – si vous l’étiez, dix minutes de séparation auraient suffi à rendre votre vie rigoureusement insupportable.

Randevoo -  Épisode 16

Randevoo - Épisode 16

January 4, 2019

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21. علامت‌های پرسشی

22. دیدار مجدد

 

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21.
Points d’interrogation

Quand je rencontre un ami dans la rue, cela donne de plus en plus souvent ceci :

— Tiens ! Salut, ça va ?

— Non, et toi ?

— Non plus.

— Bon alors, à bientôt.

— Salut.

Ou c’est un copain qui me raconte une blague : 

— Tu connais la différence entre l’amour et l’herpès ?

— …

— Allez… Cherche… Tu devines pas ?

— …

— C’est pourtant facile : l’herpès dure toute la vie.

— …

Je ne ris pas. Je ne vois pas ce qu’il y a de drôle là-dedans. J’ai dû perdre mon sens de l’humour en cours de route.

Il est assez exaspérant de s’apercevoir que l’on a les mêmes interrogations que tout le monde. C’est une leçon de modestie.

Ai-je raison de quitter quelqu’un qui m’aime ?

Suis-je une ordure ?

À quoi sert la mort ?

Vais-je faire les mêmes conneries que mes parents ?

Peut-on être heureux et, si oui, à quelle heure ?

Est-il possible de tomber amoureux sans que cela finisse dans le sang, le sperme et les larmes ?

Ne pourrais-je pas gagner beaucoup plus d’argent en travaillant beaucoup moins ?

Quelle marque de lunettes de soleil faut-il porter à Formentera ?

Après quelques semaines de scrupules et de tortures, j’en vins à la conclusion suivante : si votre femme est en train de devenir une amie, il est temps de proposer à une amie de devenir votre femme.

 

22.
Retrouvailles

La deuxième fois que j’ai vu Alice, c’était à un anniversaire quelconque dont la description nous ferait perdre du temps. Grosso modo, une amie d’Anne venait de vieillir d’un an et trouvait utile de célébrer l’événement. Quand j’ai reconnu la silhouette souple d’Alice (sa peau fragile bien qu’élastique), j’étais en train de servir une coupe de Champagne à Anne. J’ai continué de remplir sa coupe un peu plus haut que le bord, inondant la nappe. Alice trinquait avec son mari. Mon visage a viré au grenat. J’ai avalé mon whisky cul sec. J’ai été obligé de regarder mes pieds pour parvenir à marcher sans trébucher. Cela m’a permis de cacher mon rougissement derrière mes cheveux. Fuyant mon épouse, je me suis rué aux chiottes pour vérifier ma coiffure, mon rasage, enlever mes lunettes, épousseter les pellicules sur mes épaules, arracher un poil qui dépassait de ma narine gauche. Que faire ? Ignorer Alice ? Pour draguer les jolies filles il ne faut pas leur parler, faire comme si elles n’existaient pas. Mais si elle s’en allait ? Ne plus revoir Alice m’était déjà un supplice. Il fallait donc lui parler sans lui parler. Je suis revenu dans le salon, pour repasser devant Alice en faisant semblant de ne pas la voir.

— Marc ! Tu ne me dis plus bonjour ?

— Oh ! Alice ! ça alors ! Excuse-moi, je ne t’avais pas reconnue ! Je» suis… content… de… te… revoir…

— Moi aussi ! Tu vas bien ?

Elle était mondaine, indifférente et cauchemardesque, le regard ailleurs.

— Tu te souviens d’Antoine, mon mari ?

Poignée de mains congelée.

— Tu ne nous présentes pas ta femme ?

— Ben… Elle est partie dans la cuisine pour planter les bougies sur le gâteau…

Pile comme je finissais ma phrase, les lumières s’éteignirent, les joyeux anniversaires furent entonnés, et Alice disparut dans l’adversité. 

Je la vis prendre la main d’Antoine et ils s’éloignèrent comme sur un tapis roulant, tandis que la maîtresse de maison riait de son vieillissement, sous les applaudissements de copines de la même classe d’âge.

Vous qui me lisez, vous avez sûrement vu à la télévision des implosions d’immeubles : vous savez, quand on détruit des HLM à la dynamite. Après quelques secondes de compte à rebours, on voit l’immeuble vaciller, puis s’écrouler sur lui-même comme un mille-feuille, dans un nuage de poussière et de gravats. C’est exactement à quoi ressemblait mon âme.

Alice et Antoine marchaient vers la sortie. Il fallait faire quelque chose. Je revois toute la scène au ralenti comme si c’était hier. Je les ai suivis jusqu’au vestiaire. Là, pendant qu’Antoine fouillait parmi les cintres encombrés, Alice a tourné vers moi ses yeux noirs qui débordaient. J’ai chuchoté :

— Ce n’est pas possible, Alice, ce n’est pas toi… Il ne s’est rien passé, le mois dernier, à Guéthary ? Et ma ferme à autruches, qu’est-ce que je vais en faire ?

Son visage s’est adouci. En baissant les yeux, tout doucement, à voix basse – tellement basse que je me suis demandé si je n’avais pas rêvé – elle laissa juste tomber ces deux mots en me frôlant discrètement la main, avant de disparaître avec son mari :

— J’ai peur…

Mon destin était scellé. Anne avait beau me demander : « Mais qui est cette fille ? », l’immeuble se reconstruisait, en accéléré. On rembobinait la vidéo de son implosion. Plusieurs fanfares en célébraient l’inauguration. C’était le bal du 14 juillet, avec lampions et cotillons ! Discours du maire de Parly 2 ! Reportage en direct sur France 3 Ile-de-France ! La foule se suicide de joie ! Pan ! Pan ! Le bal popu se tue de liesse ! Mort collective ! La Guyane en fête ! Le rallye du Temple Solaire ! On crevait en s’esclaffant de félicité ! La folie, putain de bordel !

 

Les plus belles fêtes sont celles qui ont lieu à l’intérieur de nous.

Randevoo - Episode 15

Randevoo - Episode 15

December 28, 2018

تاب عشق سه سال طول می‌کشد

19. فرار کردن از خوشبختی از ترس اینکه خوشبختی فرار کند

20. همه چیز از بین می‌رود

 

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19.
Fuir le bonheur de peur qu’il ne se sauve

Il faut se décider ; ou bien on vit avec quelqu’un, ou bien on le désire. On ne peut pas désirer ce qu’on a, c’est contre nature. Voilà pourquoi les jolis mariages sont mis en pièces par n’importe quelle inconnue qui débarque. Même si vous avez épousé la plus jolie fille possible, il y aura toujours une inconnue nouvelle qui entrera dans votre vie sans frapper et vous fera l’effet d’un aphrodisiaque surpuissant. Or, pour aggraver les choses, Alice n’était pas n’importe quelle inconnue. Elle portait un pull moulant 

noir. Un pull moulant noir peut modifier le cours de deux vies.

Tous mes soucis viennent de mon incapacité puérile à renoncer à la nouveauté, d’un besoin maladif de céder à l’attrait des mille possibilités incroyables que réserve l’avenir. C’est fou comme ce que je ne connais pas m’excite plus que ce que je connais déjà. Mais suis-je anormal ? Ne préférez-vous pas lire un livre que vous n’avez pas lu, voir une pièce de théâtre que vous ne connaissez pas par cœur, élire n’importe qui Président plutôt que celui qui était là avant ?

Mes meilleurs souvenirs avec Anne datent d’avant notre mariage. Le mariage est criminel car il tue le mystère. Vous rencontrez une créature envoûtante, vous l’épousez et soudain la créature envoûtante s’est volatilisée : c’est devenu votre femme. VOTRE femme ! Quelle insulte, quelle déchéance pour elle ! Alors que ce qu’on devrait chercher sans relâche, toute sa vie durant, c’est une femme qui ne vous appartienne jamais ! (De ce côté-là, avec Alice, j’allais être servi.)

Tout le problème de l’amour, me semble-t-il, est là : pour être heureux on a besoin de sécurité alors que pour être amoureux on a besoin d’insécurité. Le bonheur repose sur la confiance alors que l’amour exige du doute et de l’inquiétude. Bref, en gros, le

mariage a été conçu pour rendre heureux, mais pas pour rester amoureux. Et tomber amoureux n’est pas la meilleure manière de trouver le bonheur ; si tel était le cas, depuis le temps, cela se saurait. Je ne sais pas si je suis très clair, mais je me comprends : ce que je veux dire, c’est que le mariage mélange des trucs qui ne vont pas bien ensemble.

En rentrant à Paris, je n’avais plus les mêmes yeux. Anne était tombée de son piédestal. Nous fîmes l’amour sans conviction. Ma vie était en train de basculer. Vous voyez le 35e dessous ? Eh bien moi, je venais d’emménager à l’étage inférieur.

Il n’y a pas d’amour heureux.

Il n’y a pas d’amour heureux.

IL N’Y A PAS D’AMOUR HEUREUX.

Combien de fois faudra-t-il te le répéter avant que ça te rentre bien dans le crâne, Ducon ?

20.
Tout fout le camp

Quand une jolie fille vous regarde comme Alice m’avait regardé, il y a deux possibilités : ou bien c’est une allumeuse et vous êtes en danger ; ou bien ce n’est pas une allumeuse et vous êtes encore plus en danger.

J’étais une huître peinarde dans son confort hermétiquement clos, et tout d’un coup, voilà-t-y pas qu’Alice me cueillait, m’ouvrait la gueule et m’aspergeait de citron.

— Seigneur, ne cessais-je de me répéter, faites que cette fille aime son mari, parce que sinon, je suis dans la merde !

Je n’ai pas donné signe de vie à Alice. J’espérais que le temps effacerait ce pincement au cœur. J’avais raison : le temps estompa mes sentiments, mais pas ceux que j’aurais voulu. C’est Anne qui en faisait les frais, à mon grand dam. Il y a beaucoup de tristesse sur terre, mais il est difficile de surpasser celle qui envahit une femme quand elle sent que l’amour qu’on lui portait s’en va, oh tout doucement, pas du jour au lendemain, non, mais irrésistiblement, comme le sable du sablier. Une femme a besoin 

qu’un homme l’admire pour s’épanouir, du moins c’est ainsi que je vois les choses. Une fleur a besoin de soleil. Anne se fanait sous mes yeux absents. Qu’y pouvais-je ? Le mariage, le temps, Alice, le monde, la ronde des planètes, les pulls moulants noirs, l’Europe de Maastricht, tout semblait se liguer contre notre couple innocent.

Je quittais ma femme, et pourtant c’est à moi-même que je disais au revoir. Le plus dur ne serait pas de quitter Anne mais de renoncer à la beauté de notre histoire. Je me sentais comme toute personne qui abandonne un projet trop ambitieux pour être possible : à la fois déçu et soulagé.

Randevoo - Épisode 14

Randevoo - Épisode 14

December 21, 2018

کتاب عشق سه سال طول می‌کشد

18. فرازها و فرودها

 

18.
Des hauts et des bas

La vie est une sitcom : une suite de scènes qui se déroulent toujours dans les mêmes décors, avec à peu près les mêmes personnages, et dont on attend les prochains épisodes avec une impatience teintée d’abrutissement. L’entrée en scène d’Alice là-dedans m’a surpris, un peu comme si l’une des trois Drôles de Dames débarquait sur le plateau d’Hélène et les Garçons.

Pour décrire Alice, je n’irai pas par quatre chemins ; c’est une autruche. Comme cet oiseau cou

reur, elle est grande, sauvage, et se cache dès qu’elle sent le danger. Ses interminables jambes minces (au nombre de deux) supportent un buste sensuel doté de fruits arrogants (de même nombre). De longs cheveux, noirs et raides, couronnent un visage intense bien que doux. Le corps d’Alice semble avoir été conçu exclusivement pour déstabiliser les gentils hommes mariés qui n’avaient rien demandé – ou ne demandaient pas mieux. C’est ce qui la différencie de l’autruche (avec le fait qu’Alice ne pond pas d’œufs d’1 kg).

Je me souviens très bien de notre première rencontre, à l’enterrement de ma grand-mère, où j’étais venu sans mon épouse, que les obligations familiales ennuyaient, à juste titre. La famille est déjà quelque chose de pénible quand c’est la vôtre, alors imaginez quand c’est celle d’un mari… C’était d’ailleurs moi qui lui avais soutenu que, là où elle se trouvait, Bonne Maman ne se rendrait vraisemblablement pas compte de son absence. Je ne sais pas, j’avais dû sentir que quelque chose allait m’arriver.

Toute l’église surveillait mon grand-père pour voir s’il pleurerait. « BON DIEU, FAITES QU’IL TIENNE », priais-je. Mais le curé avait une botte secrète : il évoqua les cinquante ans de mariage de Bon Papa avec Bonne Maman. L’œil de mon grand-père, pourtant colonel en retraite, se mit à rougir. Lorsqu’il versa une larme, ce fut comme un signal de 

épart, la famille entière ouvrit les vannes, sanglota, se répandit en regardant le cercueil. Il était inimaginable de se dire que Bonne Maman était là-dedans. Il a fallu qu’elle meure pour que je me rende compte à quel point je tenais à elle. Zut, à la fin. Quand je ne quittais pas les gens que j’aimais, c’étaient eux qui mouraient. Je me suis mis à pleurer sans aucune retenue car je suis un garçon influençable.

Quand j’ai cessé de voir trouble, j’ai aperçu une belle brune qui m’observait. Alice m’avait vu dégouliner. Je ne sais pas si c’est l’émotion, ou le contraste avec le lieu, mais j’ai ressenti une immense attirance pour cette mystérieuse apparition en pull moulant noir. Plus tard, Alice m’avoua qu’elle m’avait trouvé très beau : mettons cette erreur d’appréciation sur le compte de l’instinct maternel. L’essentiel, c’est que mon attirance était réciproque – elle avait envie de me consoler, cela se voyait. Cette rencontre m’a appris que la meilleure chose à faire dans un enterrement, c’est de tomber amoureux.

C’était une amie d’une cousine. Elle me présenta son mari, Antoine, très sympa, trop, peut-être. Pendant qu’elle embrassait mes joues mouillées, elle comprit que j’avais compris qu’elle avait vu que j’avais vu qu’elle m’avait regardé comme elle m’avait regardé. Je me souviendrai toujours de la première chose que je lui ai dite :

— J’aime bien la structure osseuse de ton visage.

J’eus le loisir de la détailler. Une jeune femme de 27 ans, simplement belle. Frémissement de cils. Rire boudeur qui fait bondir ton cœur dans sa cage thoracique soudain trop étroite. Merveille de regards détournés, de cheveux dénoués, de cambrure au bas du dos, de dents éclatantes. Mowgli Cardinale dans Le Livre du Guépard. Betty Page étirée sur un mètre soixante-dix-sept. Une folle rassurante. Une allumeuse calme, d’une réserve impudique. Une amie, une ennemie.

Comment se faisait-il que je ne l’aie jamais rencontrée ? À quoi me servait-il de connaître tant de monde si cette fille n’en faisait pas partie ?

Il faisait froid sur le parvis de l’église. Vous voyez très bien où je veux en venir – oui, ses tétons durcissaient sous son pull moulant noir. Elle avait des seins érigés en système. Son visage était d’une pureté que démentait son corps sensuel. Exactement mon type : je n’aime rien tant que la contradiction entre un visage angélique et un corps de salope. J’ai des critères dichotomiques.

À cet instant précis j’ai su que je donnerais n’importe quoi pour entrer dans sa vie, son cerveau, son lit, voire le reste. Avant d’être une autruche, cette fille était un paratonnerre ; elle attirait les coups de foudre.

— Tu connais le Pays basque ? lui ai-je demandé.

— Non mais ça a l’air joli.

— Ce n’est pas joli, c’est beau. Quel dommage que je sois marié et toi aussi, parce que sans cela nous aurions pu fonder une famille dans une ferme de la région.

— Avec des moutons ?

— Évidemment, avec des moutons. Et des canards pour le foie gras, des vaches pour le lait, des poules pour les œufs, un coq pour les poules, un vieil éléphant myope, une douzaine de girafes, et plein d’autruches comme toi.

— Je ne suis pas une autruche, je suis un paratonnerre.

— Eh oh ! Si en plus tu lis dans mes pensées, où allons-nous ?

Après son départ, j’ai erré, enchanté et insouciant, dans Guéthary, le village de Paul-Jean Toulet et le paradis de mon enfance. Je me suis promené, frais et léger, alors que je déteste les promenades (mais personne ne s’en préoccupa : les gens font toujours des trucs absurdes après un enterrement), j’ai déambulé devant la mer, tenant compte de chaque rocher, chaque vague, chaque grain de sable. Je sentais mon âme déborder. Tout le ciel était à moi. La Côte basque me portait plus de chance que la baie de Rio.

J’ai souri aux nuages assoupis dans le ciel et à Bonne Maman qui ne m’en voulait pas.

Randevoo - Épisode 13

Randevoo - Épisode 13

December 14, 2018

کتاب عشق سه سال طول می‌کشد

 

قسمت 16:
می‌خواهی حرم‌سرای من باشی

 

قسمت 17:
دو راهی

 

16.
Veux-tu être mon harem ?

Alors voilà ; Marc et Alice se sont mariés il y a trois ans. L’embêtant, c’est qu’ils ne se sont pas mariés ensemble.

 

Marc a épousé Anne, et Alice s’est mariée avec Antoine. C’est ainsi : la vie s’arrange toujours pour compliquer les choses – ou bien est-ce nous qui recherchons la complication ?

C’est la photo d’Alice qu’Anne a découverte à Rio. Un ravissant Polaroid d’Alice en bikini sur une plage italienne, près de Rome. À Fregene, pour être précis.

 

Alice et moi avons eu une « liaison extraconjugale ». C’est ainsi qu’on appelle les plus belles passions romantiques, à notre époque. Des gens meurent d’amour tous les jours pour des « liaisons extraconjugales ». Ce sont souvent des femmes que vous croisez dans la rue. Elles n’ont l’air de rien car elles cachent en elles ce secret, mais quelquefois vous les verrez pleurer sans raison devant un mauvais feuilleton, ou sourire d’une façon magnifique dans le métro et alors, alors vous saurez de quoi je parle.

Souvent, la situation est bancale : une femme célibataire aime un homme marié, il ne veut pas quitter sa femme, c’est affreux, abject, banal. Là, nous étions tous les deux mariés quand nous nous sommes rencontrés. L’équilibre était presque parfait. Seulement, j’ai craqué le premier : c’est moi qui divorce, alors qu’Alice n’en a pas du tout l’intention. Pourquoi quitterait-elle son mari pour un dingue qui crie sur les toits que l’amour dure trois ans ?

 

Je devrais lui dire que je ne le pense pas vraiment mais ce serait mentir. Or, j’en ai assez de mentir. J’en ai assez de ma double vie. La polygamie est entièrement légale en France : il suffit d’être doué pour le mensonge. Il n’est pas très sorcier d’avoir plusieurs femmes. Cela demande seulement un peu d’imagination et beaucoup d’organisation. Je connais plein de mecs qui ont un harem, en France, en plein 1995. Chaque soir, ils choisissent celle qu’ils vont appeler, et le pire c’est qu’elle accourt, la pauvre élue. Pour faire ça, il faut être diplomate et hypocrite, ce qui revient à peu près au même. Mais moi j’en ai marre. Je n’en peux plus. Déjà que je suis schizophrène dans ma vie professionnelle, je refuse de le devenir dans ma vie sentimentale. Je trouve que ce serait beau, de ne faire qu’une seule chose à la fois, pour une fois.

Résultat : de nouveau seul.

L’amour est une catastrophe magnifique : savoir que l’on fonce dans un mur, et accélérer quand même ; courir à sa perte, le sourire aux lèvres ; attendre avec curiosité le moment où cela va foirer. L’amour est la seule déception programmée, le seul malheur prévisible dont on redemande. Voilà ce que j’ai dit à Alice, avant de la supplier à genoux de partir avec moi – en vain.

17.
Dilemmes

Un jour, le malheur est entré dans ma vie et moi, comme un con, je n’ai plus jamais réussi à l’en déloger.

 

L’amour le plus fort est celui qui n’est pas partagé. J’aurais préféré ne jamais le savoir, mais telle est la vérité : il n’y a rien de pire que d’aimer quelqu’un qui ne vous aime pas – et en même temps c’est la chose la plus belle qui me soit jamais arrivée. Aimer quelqu’un qui vous aime aussi, c’est du narcissisme. Aimer quelqu’un qui ne vous aime pas, ça, c’est de 

l’amour. Je cherchais une épreuve, une expérience, un rendez-vous avec moi-même qui puisse me transformer : malheureusement, j’ai été exaucé au-delà de mes espérances. J’aime une fille qui ne m’aime pas, et je n’aime plus celle qui m’aime. J’utilise les femmes pour me détester moi-même.

« Fan-Chiang demanda : — Qu’est-ce que l’amour ?
Le maître dit : — Donner plus de prix à l’effort qu’à la récompense, cela s’appelle l’amour. » (Confucius)

Merci, fourbe oriental, mais moi je ne cracherais pas non plus sur la récompense. En attendant, je suis abandonné. Dès qu’Alice a appris que ma femme m’avait quitté, elle a pris peur et fait marche arrière. Plus de coups de fil, plus de messages sur la boîte vocale 3672, ni de numéros de chambres d’hôtel sur le répondeur du Bi-Bop (Le Bi-Bop et le 3672 Mémophone furent des inventions technologiques de France Telecom exclusivement destinées à favoriser l’adultère, dans le but de se faire pardonner la cafteuse touche "Bis" et les nombreux deals de drogue effectués grâce au « Tatoo »). Je suis comme une petite maîtresse collante qui attend que son homme marié se souvienne de son petit cul. Moi qui n’affectionnais que les larges avenues, je me retrouve « back street ». Une seule question me taraude sans cesse et résume toute mon existence :

Qu’y a-t-il de pire : faire l’amour sans aimer, ou aimer sans faire l’amour ?

 

J’ai l’impression d’être comme Milou quand il a ses crises de conscience, avec d’un côté le petit ange qui lui dit de faire le bien, et de l’autre le mini-démon qui lui enjoint de faire le mal. Moi, j’ai un angelot qui veut que je revienne avec ma femme, et un diablotin qui me suggère de coucher avec Alice. Dans ma tête c’est un talk-show permanent entre eux deux, en direct. J’aurais préféré que le diable m’ordonne de baiser ma femme.