Randevoo پادکست فارسی راندوو
Randevoo - Episode 18

Randevoo - Episode 18

January 18, 2019

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25. ممنون ولفگانگ

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25.
Merci Wolfgang

Tromper sa femme n’est pas très méchant en soi, si elle ne l’apprend jamais. Je crois même que beaucoup de maris le font pour se mettre en danger, pour prendre à nouveau des risques, comme quand ils cherchaient à séduire leur épouse. En ce sens, l’adultère est peut-être une déclaration d’amour conjugal. Mais peut-être pas. En tout cas, je crois que j’aurais eu un certain mal à faire avaler cela à Anne.

Je me souviens de notre dernier dîner en tête à tête. Je préférerais ne pas m’en souvenir, mais je m’en souviens quand même. Il paraît que les mauvais moments font les bons souvenirs : j’aimerais tant que cela fût exact. En ce qui me concerne, ils demeurent ancrés en moi à la rubrique « mauvais moments » et je ne parviens pas à en ressentir une quelconque nostalgie. Je souhaiterais être réincarné en magnétoscope VHS pour pouvoir effacer ces images qui me hantent.

Anne m’accablait de reproches, puis s’en voulait de m’accabler de reproches, et c’était encore plus triste. Je lui expliquais que tout était ma faute. Je m’étais fait un film, sinon pourquoi aurais-je coupé mes cheveux si courts pendant nos trois ans de mariage ? Ils étaient longs avant, et voici que je les laissais repousser. J’étais comme Samson : les cheveux courts, je ne valais pas un clou ! En plus, je n’avais jamais osé demander sa main en bonne et due forme à son père. Le mariage n’était donc pas valable. Elle riait gentiment à mes blagues. Je me sentais morveux mais elle souriait tristement comme si elle avait toujours su que cela se terminerait ainsi, dans ce joli restau, sur cette nappe blanche éclairée aux chandelles, à discuter comme de vieux copains. Nous n’avons même pas pleuré à table. On peut s’éloigner à jamais de quelqu’un, faillir à tous ses serments, et rester assis en face d’elle sans en faire tout un plat.

Finalement elle m’annonça qu’elle m’avait trouvé un remplaçant plus célèbre, plus vieux et plus gentil que moi. C’était vrai (je le sus plus tard, le dernier informé évidemment), elle l’avait dégoté sur son lieu de travail. Je ne m’y attendais pas du tout. Je l’ai engueulée.

— Une jeune minette qui se tape des vieux est aussi nulle qu’un vieux type qui se tape des jeunes. C’est trop facile !

— Je préfère un vieux beau rassurant à un jeune moche névrosé, m’a-t-elle répondu.

J’ignore pourquoi je m’étais imaginé qu’Anne resterait veuve éplorée, inconsolable. J’ignore aussi pourquoi cette nouvelle me vexa autant. Enfin, non, je n’ignore pas pourquoi. Je découvrais simplement que j’avais un amour-propre. Petit prétentieux. On se croit irremplaçable, et on est vite remplacé. Qu’est-ce que je m’étais imaginé ? Qu’elle se tuerait ? Qu’elle se laisserait dépérir ? Pendant que je rêvais d’Alice, jeune gandin persuadé d’être un superbe play-boy couvert de femmes, Anne pensait à mon remplaçant et me cocufiait allègrement en s’arrangeant pour que tout le monde le sache. Je tombai de haut ce soir-là. Juste retour des choses. En rentrant à la maison, j’entendis Mozart à la radio.

La Beauté finit en Laideur, le destin de la Jeunesse est d’être Flétrie, la Vie n’est qu’un lent Pourrissement, nous Mourons chaque Jour. Heureusement qu’il nous reste toujours Mozart. De combien de gens Mozart a-t-il sauvé la vie ?

Randevoo - Épisode 17

Randevoo - Épisode 17

January 11, 2019

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23. رفتن

24. زیبایی آغازها

 

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23.
Partir

Je suis fasciné par l’extrême tension électrique, palpable, tremblée, qui peut se créer entre un homme et une femme qui ne se connaissent pas, sans raisons particulières, comme ça, simplement parce qu’ils se plaisent et luttent pour ne pas le montrer.

Nul besoin de parler. C’est une question de moues, de poses. C’est comme une devinette, l’énigme la plus importante de votre vie. Les gens vulgaires nomment cela l’érotisme, alors qu’il ne s’agit que de pornographie, c’est-à-dire de sincérité. Le monde peut s’écrouler, vous n’avez d’yeux que pour ces autres yeux. Au plus profond de vous-même, en cet instant, vous savez enfin.

Vous savez que vous pourriez partir tout de suite avec cet être avec qui vous n’avez pas échangé plus de trois phrases. « Partir » : le plus beau mot de la langue française. Vous savez que vous êtes prêt à l’employer. « Partons. » « Il faut partir. » « Un jour, nous prendrons des trains qui partent » (Blondin). Vos bagages sont faits, et vous savez que le passé n’est qu’un amas confus posé derrière vous qu’il faut tenter d’oublier, puisque vous êtes en train de naître.

Vous savez que ce qui se passe est très grave, et vous ne faites rien pour freiner. Vous savez qu’il n’y a pas d’autre issue. Vous savez que vous allez faire souffrir, que vous préfèreriez l’éviter, qu’il faudrait raisonner, attendre, réfléchir, mais « Partir », « Partir ! » est plus fort que tout. Tout recommencer à zéro. La case « départ » promet tellement. C’est comme si on s’était jusque-là retenu de respirer sous l’eau, en apnée juvénile. L’avenir est l’épaule nue d’une inconnue. La vie vous donne une seconde chance ; l’Histoire repasse les plats.

On pourrait croire que cette attirance est superficielle mais il n’y a rien de plus profond ; on est prêt à tout ; on accepte les défauts ; on pardonne les imperfections ; on les cherche même, avec émerveillement.

On n’est jamais attiré que par des faiblesses.

Alice était troublée, je lui faisais peur ! peur ! Pourtant le plus terrifié des deux n’était certes pas elle. Néanmoins, jamais je n’ai été aussi joyeux de foutre la trouille à quelqu’un.

 

Je ne savais pas encore que j’allais le regretter.

 

24.
Beauté des commencements

Lors d’un de nos rendez-vous clandestins, après avoir fait l’amour trois fois d’affilée en criant de plaisir à l’hôtel Henri-IV (place Dauphine), j’ai emmené Alice au Café Beaubourg. Je ne sais pourquoi, car je déteste cet endroit lugubre, comme tous les cafés « design ». Le café « design » est une invention des Parisiens pour parquer les provinciaux et déjeuner tranquilles au Café de Flore. En sortant sur la place, devant l’usine Georges-Pompidou, nous nous sommes arrêtés sous le Génitron, cette horloge qui décomptait les secondes qui nous séparaient de l’an 2000.

— Tu vois, Alice, cette horloge symbolise notre amour.

— Qu’est-ce que tu racontes ?

— Le compte à rebours est commencé… Un jour, tu t’ennuieras, je t’énerverai, tu me reprocheras de ne pas avoir rabaissé la lunette des chiottes, je passerai la soirée devant la télé jusqu’à la fin des programmes, et tu me tromperas, comme tu trompes Antoine en ce moment.

— Et voilà, ça y est, tu recommences… Pourquoi ne peux-tu pas profiter du moment présent, au lieu de t’angoisser sur notre futur ?

— Parce que nous n’avons pas de futur. Regarde les secondes qui défilent, elles nous rapprochent du malheur… Nous n’avons que trois ans pour nous aimer… Aujourd’hui tout est merveilleux, mais d’après mes calculs, ce sera fini entre nous le… 15 mars 1997.

— Et si je te quittais tout de suite, pour gagner du temps ?

— Non, non attends, j’ai rien dit…

C’est à ce moment-là que je me suis rendu compte que j’aurais mieux fait de fermer ma gueule avec mes théories à la con.

— Euh…, ai-je repris, tu voudrais pas quitter Antoine, plutôt ? Comme ça on pourrait s’installer dans la Petite Maison dans la Prairie, et regarder nos enfants grandir dans le Jardin Enchanté…

— Oui, c’est ça, fous-toi de moi, en plus ! Tu es gentil, mais pourquoi faut-il toujours que tu gâches tous nos bons moments avec tes crises de cafard ?

— Mon amour, si un jour tu me trompes, je te promets deux choses : d’abord je me suicide, et après je te fais une scène de ménage dont tu te souviendras.

 

Ainsi allions-nous, couple illégitime, promeneurs planqués côte à côte, les yeux dans les yeux, mais jamais main dans la main au cas où nous croiserions des amis de nos mari et femme.

Avec elle j’ai découvert la douceur. J’ai pris des cours de naturel, des leçons de vie. Je crois que c’est cela qui m’a séduit chez Alice. Au premier mariage on cherche la perfection, au second on cherche la vérité.

Ce qu’il y a de plus beau chez une femme, c’est qu’elle soit saine. J’aime qu’elle respire la Santé, cette prison de plaisir ! Je veux qu’elle ait envie de courir, de rire aux éclats, de se goinfrer ! Des dents aussi blanches que le blanc des yeux, une bouche fraîche comme un grand lit, des lèvres cerise dont chaque baiser est un bijou, une peau tendue comme un tam-tam, des seins ronds comme des boules de pétanque, des clavicules fines comme des ailes de poulet, des jambes dorées comme le ciel de Toscane, un cul rebondi comme une joue de bébé, et surtout, surtout 

qui décomptait les secondes qui nous séparaient de l’an 2000.

— Tu vois, Alice, cette horloge symbolise notre amour.

— Qu’est-ce que tu racontes ?

— Le compte à rebours est commencé… Un jour, tu t’ennuieras, je t’énerverai, tu me reprocheras de ne pas avoir rabaissé la lunette des chiottes, je passerai la soirée devant la télé jusqu’à la fin des programmes, et tu me tromperas, comme tu trompes Antoine en ce moment.

— Et voilà, ça y est, tu recommences… Pourquoi ne peux-tu pas profiter du moment présent, au lieu de t’angoisser sur notre futur ?

— Parce que nous n’avons pas de futur. Regarde les secondes qui défilent, elles nous rapprochent du malheur… Nous n’avons que trois ans pour nous aimer… Aujourd’hui tout est merveilleux, mais d’après mes calculs, ce sera fini entre nous le… 15 mars 1997.

— Et si je te quittais tout de suite, pour gagner du temps ?

— Non, non attends, j’ai rien dit…

C’est à ce moment-là que je me suis rendu compte que j’aurais mieux fait de fermer ma gueule avec mes théories à la con.

— Euh…, ai-je repris, tu voudrais pas quitter Antoine, plutôt ? Comme ça on pourrait s’installer 

dans la Petite Maison dans la Prairie, et regarder nos enfants grandir dans le Jardin Enchanté…

— Oui, c’est ça, fous-toi de moi, en plus ! Tu es gentil, mais pourquoi faut-il toujours que tu gâches tous nos bons moments avec tes crises de cafard ?

— Mon amour, si un jour tu me trompes, je te promets deux choses : d’abord je me suicide, et après je te fais une scène de ménage dont tu te souviendras.

 

Ainsi allions-nous, couple illégitime, promeneurs planqués côte à côte, les yeux dans les yeux, mais jamais main dans la main au cas où nous croiserions des amis de nos mari et femme.

Avec elle j’ai découvert la douceur. J’ai pris des cours de naturel, des leçons de vie. Je crois que c’est cela qui m’a séduit chez Alice. Au premier mariage on cherche la perfection, au second on cherche la vérité.

Ce qu’il y a de plus beau chez une femme, c’est qu’elle soit saine. J’aime qu’elle respire la Santé, cette prison de plaisir ! Je veux qu’elle ait envie de courir, de rire aux éclats, de se goinfrer ! Des dents aussi blanches que le blanc des yeux, une bouche fraîche comme un grand lit, des lèvres cerise dont chaque baiser est un bijou, une peau tendue comme un tam-tam, des seins ronds comme des boules de pétanque, des clavicules fines comme des ailes de poulet, des jambes dorées comme le ciel de Toscane, un cul rebondi comme une joue de bébé, et surtout, surtout 

pas de maquillage. Il faut qu’elle sente le lait et la sueur plutôt que le parfum et la cigarette.

 

Le test ultime, c’est la piscine. Les êtres se révèlent au bord des piscines : une intellectuelle lira sous son chapeau, une sportive organisera un water-polo, les narcissiques soigneront leur bronzage, les hypocondriaques se tartineront d’écran total… Si, au bord d’une piscine, vous rencontrez une femme qui refuse de mouiller ses cheveux pour ne pas les décoiffer, fuyez. Si elle plonge en gloussant, plongez-lui dessus.

 

Croyez-moi : j’ai tout essayé pour me retenir de tomber amoureux. Mettez-vous à ma place : chat échaudé craint d’être ébouillanté. Mais je ne pouvais cesser de penser à Alice. Par moments je la haïssais, je la détestais vraiment, je la trouvais ridicule, mal fagotée, lâche, vulgaire, cette grande godiche faussement romantique qui voulait garder sa petite vie chiante et installée, trouillarde minable et égoïste, une Olive (la femme de Popeye) antipathique, stupide, avec sa voix de crécelle et ses goûts de fashion victim. Puis, la minute suivante, je regardais sa photo ou entendais son adorable voix tendre au téléphone, ou bien elle m’apparaissait et me souriait, et je tombais en admiration, ébloui par tant de beauté fine, d’yeux vertigineux, de peau douce, de longs cheveux en apesanteur, c’était une sauvageonne, brune indomptable, indienne brûlante, une Esmeralda (la 

je la détestais vraiment, je la trouvais ridicule, mal fagotée, lâche, vulgaire, cette grande godiche faussement romantique qui voulait garder sa petite vie chiante et installée, trouillarde minable et égoïste, une Olive (la femme de Popeye) antipathique, stupide, avec sa voix de crécelle et ses goûts de fashion victim. Puis, la minute suivante, je regardais sa photo ou entendais son adorable voix tendre au téléphone, ou bien elle m’apparaissait et me souriait, et je tombais en admiration, ébloui par tant de beauté fine, d’yeux vertigineux, de peau douce, de longs cheveux en apesanteur, c’était une sauvageonne, brune indomptable, indienne brûlante, une Esmeralda (la femme de Quasimodo) et mon Dieu comme je bénissais alors le Ciel de m’avoir donné la chance de rencontrer pareille créature.

 

Voici un test très simple pour savoir si vous êtes amoureux ; si au bout de quatre ou cinq heures sans votre maîtresse, celle-ci se met à vous manquer, c’est que vous n’êtes pas amoureux – si vous l’étiez, dix minutes de séparation auraient suffi à rendre votre vie rigoureusement insupportable.

Randevoo -  Épisode 16

Randevoo - Épisode 16

January 4, 2019

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21. علامت‌های پرسشی

22. دیدار مجدد

 

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21.
Points d’interrogation

Quand je rencontre un ami dans la rue, cela donne de plus en plus souvent ceci :

— Tiens ! Salut, ça va ?

— Non, et toi ?

— Non plus.

— Bon alors, à bientôt.

— Salut.

Ou c’est un copain qui me raconte une blague : 

— Tu connais la différence entre l’amour et l’herpès ?

— …

— Allez… Cherche… Tu devines pas ?

— …

— C’est pourtant facile : l’herpès dure toute la vie.

— …

Je ne ris pas. Je ne vois pas ce qu’il y a de drôle là-dedans. J’ai dû perdre mon sens de l’humour en cours de route.

Il est assez exaspérant de s’apercevoir que l’on a les mêmes interrogations que tout le monde. C’est une leçon de modestie.

Ai-je raison de quitter quelqu’un qui m’aime ?

Suis-je une ordure ?

À quoi sert la mort ?

Vais-je faire les mêmes conneries que mes parents ?

Peut-on être heureux et, si oui, à quelle heure ?

Est-il possible de tomber amoureux sans que cela finisse dans le sang, le sperme et les larmes ?

Ne pourrais-je pas gagner beaucoup plus d’argent en travaillant beaucoup moins ?

Quelle marque de lunettes de soleil faut-il porter à Formentera ?

Après quelques semaines de scrupules et de tortures, j’en vins à la conclusion suivante : si votre femme est en train de devenir une amie, il est temps de proposer à une amie de devenir votre femme.

 

22.
Retrouvailles

La deuxième fois que j’ai vu Alice, c’était à un anniversaire quelconque dont la description nous ferait perdre du temps. Grosso modo, une amie d’Anne venait de vieillir d’un an et trouvait utile de célébrer l’événement. Quand j’ai reconnu la silhouette souple d’Alice (sa peau fragile bien qu’élastique), j’étais en train de servir une coupe de Champagne à Anne. J’ai continué de remplir sa coupe un peu plus haut que le bord, inondant la nappe. Alice trinquait avec son mari. Mon visage a viré au grenat. J’ai avalé mon whisky cul sec. J’ai été obligé de regarder mes pieds pour parvenir à marcher sans trébucher. Cela m’a permis de cacher mon rougissement derrière mes cheveux. Fuyant mon épouse, je me suis rué aux chiottes pour vérifier ma coiffure, mon rasage, enlever mes lunettes, épousseter les pellicules sur mes épaules, arracher un poil qui dépassait de ma narine gauche. Que faire ? Ignorer Alice ? Pour draguer les jolies filles il ne faut pas leur parler, faire comme si elles n’existaient pas. Mais si elle s’en allait ? Ne plus revoir Alice m’était déjà un supplice. Il fallait donc lui parler sans lui parler. Je suis revenu dans le salon, pour repasser devant Alice en faisant semblant de ne pas la voir.

— Marc ! Tu ne me dis plus bonjour ?

— Oh ! Alice ! ça alors ! Excuse-moi, je ne t’avais pas reconnue ! Je» suis… content… de… te… revoir…

— Moi aussi ! Tu vas bien ?

Elle était mondaine, indifférente et cauchemardesque, le regard ailleurs.

— Tu te souviens d’Antoine, mon mari ?

Poignée de mains congelée.

— Tu ne nous présentes pas ta femme ?

— Ben… Elle est partie dans la cuisine pour planter les bougies sur le gâteau…

Pile comme je finissais ma phrase, les lumières s’éteignirent, les joyeux anniversaires furent entonnés, et Alice disparut dans l’adversité. 

Je la vis prendre la main d’Antoine et ils s’éloignèrent comme sur un tapis roulant, tandis que la maîtresse de maison riait de son vieillissement, sous les applaudissements de copines de la même classe d’âge.

Vous qui me lisez, vous avez sûrement vu à la télévision des implosions d’immeubles : vous savez, quand on détruit des HLM à la dynamite. Après quelques secondes de compte à rebours, on voit l’immeuble vaciller, puis s’écrouler sur lui-même comme un mille-feuille, dans un nuage de poussière et de gravats. C’est exactement à quoi ressemblait mon âme.

Alice et Antoine marchaient vers la sortie. Il fallait faire quelque chose. Je revois toute la scène au ralenti comme si c’était hier. Je les ai suivis jusqu’au vestiaire. Là, pendant qu’Antoine fouillait parmi les cintres encombrés, Alice a tourné vers moi ses yeux noirs qui débordaient. J’ai chuchoté :

— Ce n’est pas possible, Alice, ce n’est pas toi… Il ne s’est rien passé, le mois dernier, à Guéthary ? Et ma ferme à autruches, qu’est-ce que je vais en faire ?

Son visage s’est adouci. En baissant les yeux, tout doucement, à voix basse – tellement basse que je me suis demandé si je n’avais pas rêvé – elle laissa juste tomber ces deux mots en me frôlant discrètement la main, avant de disparaître avec son mari :

— J’ai peur…

Mon destin était scellé. Anne avait beau me demander : « Mais qui est cette fille ? », l’immeuble se reconstruisait, en accéléré. On rembobinait la vidéo de son implosion. Plusieurs fanfares en célébraient l’inauguration. C’était le bal du 14 juillet, avec lampions et cotillons ! Discours du maire de Parly 2 ! Reportage en direct sur France 3 Ile-de-France ! La foule se suicide de joie ! Pan ! Pan ! Le bal popu se tue de liesse ! Mort collective ! La Guyane en fête ! Le rallye du Temple Solaire ! On crevait en s’esclaffant de félicité ! La folie, putain de bordel !

 

Les plus belles fêtes sont celles qui ont lieu à l’intérieur de nous.

Randevoo - Episode 15

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December 28, 2018

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19. فرار کردن از خوشبختی از ترس اینکه خوشبختی فرار کند

20. همه چیز از بین می‌رود

 

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19.
Fuir le bonheur de peur qu’il ne se sauve

Il faut se décider ; ou bien on vit avec quelqu’un, ou bien on le désire. On ne peut pas désirer ce qu’on a, c’est contre nature. Voilà pourquoi les jolis mariages sont mis en pièces par n’importe quelle inconnue qui débarque. Même si vous avez épousé la plus jolie fille possible, il y aura toujours une inconnue nouvelle qui entrera dans votre vie sans frapper et vous fera l’effet d’un aphrodisiaque surpuissant. Or, pour aggraver les choses, Alice n’était pas n’importe quelle inconnue. Elle portait un pull moulant 

noir. Un pull moulant noir peut modifier le cours de deux vies.

Tous mes soucis viennent de mon incapacité puérile à renoncer à la nouveauté, d’un besoin maladif de céder à l’attrait des mille possibilités incroyables que réserve l’avenir. C’est fou comme ce que je ne connais pas m’excite plus que ce que je connais déjà. Mais suis-je anormal ? Ne préférez-vous pas lire un livre que vous n’avez pas lu, voir une pièce de théâtre que vous ne connaissez pas par cœur, élire n’importe qui Président plutôt que celui qui était là avant ?

Mes meilleurs souvenirs avec Anne datent d’avant notre mariage. Le mariage est criminel car il tue le mystère. Vous rencontrez une créature envoûtante, vous l’épousez et soudain la créature envoûtante s’est volatilisée : c’est devenu votre femme. VOTRE femme ! Quelle insulte, quelle déchéance pour elle ! Alors que ce qu’on devrait chercher sans relâche, toute sa vie durant, c’est une femme qui ne vous appartienne jamais ! (De ce côté-là, avec Alice, j’allais être servi.)

Tout le problème de l’amour, me semble-t-il, est là : pour être heureux on a besoin de sécurité alors que pour être amoureux on a besoin d’insécurité. Le bonheur repose sur la confiance alors que l’amour exige du doute et de l’inquiétude. Bref, en gros, le

mariage a été conçu pour rendre heureux, mais pas pour rester amoureux. Et tomber amoureux n’est pas la meilleure manière de trouver le bonheur ; si tel était le cas, depuis le temps, cela se saurait. Je ne sais pas si je suis très clair, mais je me comprends : ce que je veux dire, c’est que le mariage mélange des trucs qui ne vont pas bien ensemble.

En rentrant à Paris, je n’avais plus les mêmes yeux. Anne était tombée de son piédestal. Nous fîmes l’amour sans conviction. Ma vie était en train de basculer. Vous voyez le 35e dessous ? Eh bien moi, je venais d’emménager à l’étage inférieur.

Il n’y a pas d’amour heureux.

Il n’y a pas d’amour heureux.

IL N’Y A PAS D’AMOUR HEUREUX.

Combien de fois faudra-t-il te le répéter avant que ça te rentre bien dans le crâne, Ducon ?

20.
Tout fout le camp

Quand une jolie fille vous regarde comme Alice m’avait regardé, il y a deux possibilités : ou bien c’est une allumeuse et vous êtes en danger ; ou bien ce n’est pas une allumeuse et vous êtes encore plus en danger.

J’étais une huître peinarde dans son confort hermétiquement clos, et tout d’un coup, voilà-t-y pas qu’Alice me cueillait, m’ouvrait la gueule et m’aspergeait de citron.

— Seigneur, ne cessais-je de me répéter, faites que cette fille aime son mari, parce que sinon, je suis dans la merde !

Je n’ai pas donné signe de vie à Alice. J’espérais que le temps effacerait ce pincement au cœur. J’avais raison : le temps estompa mes sentiments, mais pas ceux que j’aurais voulu. C’est Anne qui en faisait les frais, à mon grand dam. Il y a beaucoup de tristesse sur terre, mais il est difficile de surpasser celle qui envahit une femme quand elle sent que l’amour qu’on lui portait s’en va, oh tout doucement, pas du jour au lendemain, non, mais irrésistiblement, comme le sable du sablier. Une femme a besoin 

qu’un homme l’admire pour s’épanouir, du moins c’est ainsi que je vois les choses. Une fleur a besoin de soleil. Anne se fanait sous mes yeux absents. Qu’y pouvais-je ? Le mariage, le temps, Alice, le monde, la ronde des planètes, les pulls moulants noirs, l’Europe de Maastricht, tout semblait se liguer contre notre couple innocent.

Je quittais ma femme, et pourtant c’est à moi-même que je disais au revoir. Le plus dur ne serait pas de quitter Anne mais de renoncer à la beauté de notre histoire. Je me sentais comme toute personne qui abandonne un projet trop ambitieux pour être possible : à la fois déçu et soulagé.

Randevoo - Épisode 14

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December 21, 2018

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18. فرازها و فرودها

 

18.
Des hauts et des bas

La vie est une sitcom : une suite de scènes qui se déroulent toujours dans les mêmes décors, avec à peu près les mêmes personnages, et dont on attend les prochains épisodes avec une impatience teintée d’abrutissement. L’entrée en scène d’Alice là-dedans m’a surpris, un peu comme si l’une des trois Drôles de Dames débarquait sur le plateau d’Hélène et les Garçons.

Pour décrire Alice, je n’irai pas par quatre chemins ; c’est une autruche. Comme cet oiseau cou

reur, elle est grande, sauvage, et se cache dès qu’elle sent le danger. Ses interminables jambes minces (au nombre de deux) supportent un buste sensuel doté de fruits arrogants (de même nombre). De longs cheveux, noirs et raides, couronnent un visage intense bien que doux. Le corps d’Alice semble avoir été conçu exclusivement pour déstabiliser les gentils hommes mariés qui n’avaient rien demandé – ou ne demandaient pas mieux. C’est ce qui la différencie de l’autruche (avec le fait qu’Alice ne pond pas d’œufs d’1 kg).

Je me souviens très bien de notre première rencontre, à l’enterrement de ma grand-mère, où j’étais venu sans mon épouse, que les obligations familiales ennuyaient, à juste titre. La famille est déjà quelque chose de pénible quand c’est la vôtre, alors imaginez quand c’est celle d’un mari… C’était d’ailleurs moi qui lui avais soutenu que, là où elle se trouvait, Bonne Maman ne se rendrait vraisemblablement pas compte de son absence. Je ne sais pas, j’avais dû sentir que quelque chose allait m’arriver.

Toute l’église surveillait mon grand-père pour voir s’il pleurerait. « BON DIEU, FAITES QU’IL TIENNE », priais-je. Mais le curé avait une botte secrète : il évoqua les cinquante ans de mariage de Bon Papa avec Bonne Maman. L’œil de mon grand-père, pourtant colonel en retraite, se mit à rougir. Lorsqu’il versa une larme, ce fut comme un signal de 

épart, la famille entière ouvrit les vannes, sanglota, se répandit en regardant le cercueil. Il était inimaginable de se dire que Bonne Maman était là-dedans. Il a fallu qu’elle meure pour que je me rende compte à quel point je tenais à elle. Zut, à la fin. Quand je ne quittais pas les gens que j’aimais, c’étaient eux qui mouraient. Je me suis mis à pleurer sans aucune retenue car je suis un garçon influençable.

Quand j’ai cessé de voir trouble, j’ai aperçu une belle brune qui m’observait. Alice m’avait vu dégouliner. Je ne sais pas si c’est l’émotion, ou le contraste avec le lieu, mais j’ai ressenti une immense attirance pour cette mystérieuse apparition en pull moulant noir. Plus tard, Alice m’avoua qu’elle m’avait trouvé très beau : mettons cette erreur d’appréciation sur le compte de l’instinct maternel. L’essentiel, c’est que mon attirance était réciproque – elle avait envie de me consoler, cela se voyait. Cette rencontre m’a appris que la meilleure chose à faire dans un enterrement, c’est de tomber amoureux.

C’était une amie d’une cousine. Elle me présenta son mari, Antoine, très sympa, trop, peut-être. Pendant qu’elle embrassait mes joues mouillées, elle comprit que j’avais compris qu’elle avait vu que j’avais vu qu’elle m’avait regardé comme elle m’avait regardé. Je me souviendrai toujours de la première chose que je lui ai dite :

— J’aime bien la structure osseuse de ton visage.

J’eus le loisir de la détailler. Une jeune femme de 27 ans, simplement belle. Frémissement de cils. Rire boudeur qui fait bondir ton cœur dans sa cage thoracique soudain trop étroite. Merveille de regards détournés, de cheveux dénoués, de cambrure au bas du dos, de dents éclatantes. Mowgli Cardinale dans Le Livre du Guépard. Betty Page étirée sur un mètre soixante-dix-sept. Une folle rassurante. Une allumeuse calme, d’une réserve impudique. Une amie, une ennemie.

Comment se faisait-il que je ne l’aie jamais rencontrée ? À quoi me servait-il de connaître tant de monde si cette fille n’en faisait pas partie ?

Il faisait froid sur le parvis de l’église. Vous voyez très bien où je veux en venir – oui, ses tétons durcissaient sous son pull moulant noir. Elle avait des seins érigés en système. Son visage était d’une pureté que démentait son corps sensuel. Exactement mon type : je n’aime rien tant que la contradiction entre un visage angélique et un corps de salope. J’ai des critères dichotomiques.

À cet instant précis j’ai su que je donnerais n’importe quoi pour entrer dans sa vie, son cerveau, son lit, voire le reste. Avant d’être une autruche, cette fille était un paratonnerre ; elle attirait les coups de foudre.

— Tu connais le Pays basque ? lui ai-je demandé.

— Non mais ça a l’air joli.

— Ce n’est pas joli, c’est beau. Quel dommage que je sois marié et toi aussi, parce que sans cela nous aurions pu fonder une famille dans une ferme de la région.

— Avec des moutons ?

— Évidemment, avec des moutons. Et des canards pour le foie gras, des vaches pour le lait, des poules pour les œufs, un coq pour les poules, un vieil éléphant myope, une douzaine de girafes, et plein d’autruches comme toi.

— Je ne suis pas une autruche, je suis un paratonnerre.

— Eh oh ! Si en plus tu lis dans mes pensées, où allons-nous ?

Après son départ, j’ai erré, enchanté et insouciant, dans Guéthary, le village de Paul-Jean Toulet et le paradis de mon enfance. Je me suis promené, frais et léger, alors que je déteste les promenades (mais personne ne s’en préoccupa : les gens font toujours des trucs absurdes après un enterrement), j’ai déambulé devant la mer, tenant compte de chaque rocher, chaque vague, chaque grain de sable. Je sentais mon âme déborder. Tout le ciel était à moi. La Côte basque me portait plus de chance que la baie de Rio.

J’ai souri aux nuages assoupis dans le ciel et à Bonne Maman qui ne m’en voulait pas.

Randevoo - Épisode 13

Randevoo - Épisode 13

December 14, 2018

کتاب عشق سه سال طول می‌کشد

 

قسمت 16:
می‌خواهی حرم‌سرای من باشی

 

قسمت 17:
دو راهی

 

16.
Veux-tu être mon harem ?

Alors voilà ; Marc et Alice se sont mariés il y a trois ans. L’embêtant, c’est qu’ils ne se sont pas mariés ensemble.

 

Marc a épousé Anne, et Alice s’est mariée avec Antoine. C’est ainsi : la vie s’arrange toujours pour compliquer les choses – ou bien est-ce nous qui recherchons la complication ?

C’est la photo d’Alice qu’Anne a découverte à Rio. Un ravissant Polaroid d’Alice en bikini sur une plage italienne, près de Rome. À Fregene, pour être précis.

 

Alice et moi avons eu une « liaison extraconjugale ». C’est ainsi qu’on appelle les plus belles passions romantiques, à notre époque. Des gens meurent d’amour tous les jours pour des « liaisons extraconjugales ». Ce sont souvent des femmes que vous croisez dans la rue. Elles n’ont l’air de rien car elles cachent en elles ce secret, mais quelquefois vous les verrez pleurer sans raison devant un mauvais feuilleton, ou sourire d’une façon magnifique dans le métro et alors, alors vous saurez de quoi je parle.

Souvent, la situation est bancale : une femme célibataire aime un homme marié, il ne veut pas quitter sa femme, c’est affreux, abject, banal. Là, nous étions tous les deux mariés quand nous nous sommes rencontrés. L’équilibre était presque parfait. Seulement, j’ai craqué le premier : c’est moi qui divorce, alors qu’Alice n’en a pas du tout l’intention. Pourquoi quitterait-elle son mari pour un dingue qui crie sur les toits que l’amour dure trois ans ?

 

Je devrais lui dire que je ne le pense pas vraiment mais ce serait mentir. Or, j’en ai assez de mentir. J’en ai assez de ma double vie. La polygamie est entièrement légale en France : il suffit d’être doué pour le mensonge. Il n’est pas très sorcier d’avoir plusieurs femmes. Cela demande seulement un peu d’imagination et beaucoup d’organisation. Je connais plein de mecs qui ont un harem, en France, en plein 1995. Chaque soir, ils choisissent celle qu’ils vont appeler, et le pire c’est qu’elle accourt, la pauvre élue. Pour faire ça, il faut être diplomate et hypocrite, ce qui revient à peu près au même. Mais moi j’en ai marre. Je n’en peux plus. Déjà que je suis schizophrène dans ma vie professionnelle, je refuse de le devenir dans ma vie sentimentale. Je trouve que ce serait beau, de ne faire qu’une seule chose à la fois, pour une fois.

Résultat : de nouveau seul.

L’amour est une catastrophe magnifique : savoir que l’on fonce dans un mur, et accélérer quand même ; courir à sa perte, le sourire aux lèvres ; attendre avec curiosité le moment où cela va foirer. L’amour est la seule déception programmée, le seul malheur prévisible dont on redemande. Voilà ce que j’ai dit à Alice, avant de la supplier à genoux de partir avec moi – en vain.

17.
Dilemmes

Un jour, le malheur est entré dans ma vie et moi, comme un con, je n’ai plus jamais réussi à l’en déloger.

 

L’amour le plus fort est celui qui n’est pas partagé. J’aurais préféré ne jamais le savoir, mais telle est la vérité : il n’y a rien de pire que d’aimer quelqu’un qui ne vous aime pas – et en même temps c’est la chose la plus belle qui me soit jamais arrivée. Aimer quelqu’un qui vous aime aussi, c’est du narcissisme. Aimer quelqu’un qui ne vous aime pas, ça, c’est de 

l’amour. Je cherchais une épreuve, une expérience, un rendez-vous avec moi-même qui puisse me transformer : malheureusement, j’ai été exaucé au-delà de mes espérances. J’aime une fille qui ne m’aime pas, et je n’aime plus celle qui m’aime. J’utilise les femmes pour me détester moi-même.

« Fan-Chiang demanda : — Qu’est-ce que l’amour ?
Le maître dit : — Donner plus de prix à l’effort qu’à la récompense, cela s’appelle l’amour. » (Confucius)

Merci, fourbe oriental, mais moi je ne cracherais pas non plus sur la récompense. En attendant, je suis abandonné. Dès qu’Alice a appris que ma femme m’avait quitté, elle a pris peur et fait marche arrière. Plus de coups de fil, plus de messages sur la boîte vocale 3672, ni de numéros de chambres d’hôtel sur le répondeur du Bi-Bop (Le Bi-Bop et le 3672 Mémophone furent des inventions technologiques de France Telecom exclusivement destinées à favoriser l’adultère, dans le but de se faire pardonner la cafteuse touche "Bis" et les nombreux deals de drogue effectués grâce au « Tatoo »). Je suis comme une petite maîtresse collante qui attend que son homme marié se souvienne de son petit cul. Moi qui n’affectionnais que les larges avenues, je me retrouve « back street ». Une seule question me taraude sans cesse et résume toute mon existence :

Qu’y a-t-il de pire : faire l’amour sans aimer, ou aimer sans faire l’amour ?

 

J’ai l’impression d’être comme Milou quand il a ses crises de conscience, avec d’un côté le petit ange qui lui dit de faire le bien, et de l’autre le mini-démon qui lui enjoint de faire le mal. Moi, j’ai un angelot qui veut que je revienne avec ma femme, et un diablotin qui me suggère de coucher avec Alice. Dans ma tête c’est un talk-show permanent entre eux deux, en direct. J’aurais préféré que le diable m’ordonne de baiser ma femme.

Randevoo - Épisode 12

Randevoo - Épisode 12

December 7, 2018

قسمت 14

رستاخیز موفتی

 

قسمت 15

دیوار ندبه

 

14.Résurrection provisoire

Si on se réveille. On ouvre un œil puis l’autre, on a doublement mal au crâne, à cause de la gueule de bois mais aussi d’une énorme bosse en phase de développement accéléré sur le haut du front. C’est l’après-midi, et l’on se sent très ridicule avec cet enchevêtrement de cravates autour du cou, allongé au pied d’une chaise renversée et d’une femme de ménage debout.

— Bonjour Carmelita… Je… J’ai dormi longtemps ?

— Pouviez-vous vous poussi s’il vo pli Missieu ce pour passé l’achpirador s’il vo pli Missieu ?

 

Ensuite, on trouve un mot sur sa télé :

« TOUT HOMME ENCORE EN VIE
APRÈS 30 ANS EST UN CON »

et on est épaté par ce don de prémonition.

Pauvre chéri. Ça veut plaire à toutes les jolies filles et ça déprime pour un simple divorce. Il fallait y penser plus tôt. Maintenant je n’ai plus que ma douleur pour me tenir compagnie. Quelle perte de temps aussi que de vouloir se tuer, quand on est déjà mort.

Les suicidaires sont vraiment des gens invivables. Anne m’a rendu la liberté, et voici que je lui en veux. Je lui en veux de me laisser face à moi-même. Je lui en veux de m’autoriser à repartir de zéro. Je lui en veux de m’obliger à prendre mes responsabilités. Je lui en veux de m’avoir poussé à écrire ce paragraphe. J’ai souffert d’être enfermé, et maintenant je souffre d’être libre. C’est donc cela, la vie d’adulte : construire des châteaux de sable, puis sauter dessus à pieds joints, et recommencer l’opération, encore et encore, alors qu’on sait bien que l’océan les aurait effacés de toute façon ?

 

J’ai les paupières lourdes comme la nuit qui tombe. Cette année, j’ai beaucoup vieilli. À quoi reconnaît-on qu’on est vieux ? À ce qu’on va mettre trois jours à récupérer de cette cuite. À ce qu’on rate tous ses suicides. À ce qu’on est rabat-joie dès qu’on rencontre des plus jeunes. Leur enthousiasme nous énerve, leurs illusions nous fatiguent. On est vieux quand on a dit la veille à une demoiselle née en 1976 : « 76 ? Je m’en rappelle, c’était l’année de la sécheresse. »

 

N’ayant plus d’ongles à ronger, je décide de sortir dîner.

 

15.
Le mur des lamentations (suite)

J’ai beau savoir que l’amour est impossible, je suis sûr que dans quelques années, je serai fier d’y avoir cru. Personne ne pourra jamais nous enlever ça, à Anne et moi : nous y avons cru, en toute sincérité. Nous avons foncé tête baissée dans une muleta en béton armé. Ne riez pas. Personne ne se moque de Don Quichotte qui attaquait pourtant des moulins à vent comme un débile barbichu.

 

Longtemps, mon seul but dans la vie était de m’autodétruire. Puis, une fois, j’ai eu envie de bonheur. C’est terrible, j’ai honte, pardonnez-moi : un jour, j’ai eu cette vulgaire tentation d’être heureux. Ce que j’ai appris depuis, c’est que c’était la meilleure manière de me détruire. Au fond, sans le faire exprès, je suis un garçon cohérent.

Je ne sais pas pourquoi j’ai accepté ce dîner chez Jean-Georges. Je n’ai toujours pas faim. J’ai toujours mis un point d’honneur à attendre d’avoir faim pour manger. L’élégance, c’est ça : manger quand on a faim, boire quand on a soif, baiser quand on bande. Mais bon, je ne vais pas attendre d’être mort d’inanition pour voir mes copains. Jean-Georges aura sûrement encore invité la même bande de malades sublimes, mes meilleurs amis. Personne ne parlera de ses problèmes car chacun saura que les autres en ont autant. On changera de sujet pour tromper le désespoir.

J’avais tort. Jean-Georges est seul chez lui. Il veut m’entendre. Il m’attrape par le col et me secoue comme un parcmètre n’imprimant pas le ticket horodateur après avoir avalé sa pièce de dix balles.

— Hier soir, je t’ai demandé pourquoi tu tirais la tronche et tu m’as répondu que l’amour durait trois ans. Non mais tu te fous de ma gueule ou quoi ? Tu te crois dans un de tes bouquins ? Je vois très bien que ton divorce n’a rien à voir là-dedans ! Alors maintenant, ça suffit les conneries, tu me parles, oui ou merde ? Sinon, à quoi je sers, moi ?

Je baisse les yeux pour cacher qu’ils s’embuent. Je fais semblant d’être enrhumé pour pouvoir renifler. Je bredouille :

— Euh… Mais non, vraiment, je ne vois pas ce que tu veux dire…

— Arrête. C’est qui ? Je la connais ? Alors, à voix basse, le cœur gros, les pieds en dedans, je passe aux aveux :

— Elle s’appelle Alice.

 

Randevoo - Épisode 11

Randevoo - Épisode 11

November 30, 2018

13.
Flirting with disaster

Cette nuit, dans le cours de ma virée, un pote est venu me parler (je ne me souviens plus qui, ni quand, et encore moins où).

— Pourquoi fais-tu la gueule ?, m’a-t-il demandé.

Je me souviens lui avoir juste répondu :

— Parce que l’amour dure trois ans.

Apparemment, cela a fait son effet : le type s’est éclipsé. Du coup, je ressers cette réplique partout où j’apparais. Dès que j’ai l’air triste et qu’on me demande pourquoi, je rétorque, de but en blanc :

— Parce que l’amour dure trois ans.

Je trouve ça d’un chic fou. À la longue, je me dis même que ça ferait peut-être un bon titre de livre.

L’amour dure trois ans. Même si vous êtes marié depuis quarante ans, au fond de vous-même, avouez que vous savez très bien que c’est vrai. Vous voyez très bien à quoi vous avez renoncé ; à quel moment vous avez abdiqué. Le jour fatidique où vous avez cessé d’avoir peur.

Entendre que l’amour dure trois ans n’est pas agréable ; c’est comme un tour de magie raté, ou comme quand le réveil sonne au milieu d’un rêve érotique. Mais il faut briser le mensonge de l’amour éternel, fondement de notre société, artisan du malheur des gens.

Après trois ans, un couple doit se quitter, se suicider, ou faire des enfants, ce qui sont trois façons d’entériner sa fin.

On nous dit souvent qu’au bout d’un certain temps, la passion devient « autre chose », de plus solide et plus beau. Que cette « autre chose », c’est l’Amour avec un grand « A », un sentiment certes moins excitant, mais aussi moins immature. J’aimerais être bien clair : cette « autre chose » m’emmerde, et si c’est cela l’Amour, alors je laisse l’Amour aux paresseux, aux découragés, aux gens « mûrs » qui se sont engoncés dans leur confort sentimental. Moi, mon amour il a un petit « a » mais de grandes envolées ; il ne dure pas très longtemps mais au moins, quand il est là on le sent passer. Leur « autre chose » en quoi ils voudraient transformer l’amour ressemble à une théorie inventée pour pouvoir se contenter de peu, et se rassurer en clamant qu’il n’y a rien de mieux. Ils me font penser aux jaloux qui rayent les portes des voitures de luxe parce qu’ils n’ont pas les moyens de s’en offrir une. Fin de soirée apocalyptique. Envie d’en finir avec la boule dans le ventre.

Vers cinq heures du matin, je téléphone à Adeline H., c’est dire si je vais mal. J’ai son numéro perso.

« Allô ? Allô ? Qui est à l’appareil ? »

Voix rauque. Je la réveille. Pourquoi n’a-t-elle pas mis son répondeur ? Je ne sais pas quoi lui dire.

« Euh… Excuse-moi de te réveiller… je voulais juste te dire bonsoir… »

« C’EST QUI ? T’ES DINGUE OU QUOI, PUTAIN ? ! »

Je raccroche. Assis, immobile, la tête appuyée sur les deux mains, j’hésite entre la boîte de Lexomil et la pendaison : et pourquoi pas les deux ? Je n’ai pas de corde, mais plusieurs cravates Paul Smith attachées entre elles feront bien l’affaire. Les tailleurs anglais choisissent toujours des matières très résistantes. Je colle un Post-It sur la télé :

 

« TOUT HOMME ENCORE EN VIE
APRÈS 30 ANS EST UN CON ».

 

J’ai bien fait de louer un appartement avec poutres apparentes. Il suffit de monter sur cette chaise, là, comme ceci, puis de boire le verre de Coca-Cola contenant les anxiolytiques écrasés. Après, on passe la tête dans le nœud coulant, et au moment où l’on s’endort, logiquement, c’est pour ne plus se réveiller.

Randevoo - Épisode 10

Randevoo - Épisode 10

November 23, 2018

قسمت 12

توهمات گم‌شده

 

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12.
Les illusions perdues

Notre génération est trop superficielle pour le mariage. On se marie comme on va au MacDo. Après, on zappe. Comment voudriez-vous qu’on reste toute sa vie avec la même personne dans la société du zapping généralisé ? Dans l’époque où les stars, les hommes politiques, les arts, les sexes, les religions n’ont jamais été aussi interchangeables ? Pourquoi le sentiment amoureux ferait-il exception à la schizophrénie générale ?

Et puis d’abord, d’où nous vient donc cette curieuse obsession : s’escrimer à tout prix pour être heureux avec une seule personne ? Sur 558 types de sociétés humaines, 24 % seulement sont monogames. La plupart des espèces animales sont polygames. Quant aux extraterrestres, n’en parlons pas : il y a longtemps que la Charte Galactique X23 a interdit la monogamie dans toutes les planètes de type B#871.

Le mariage, c’est du caviar à tous les repas : une indigestion de ce que vous adorez, jusqu’à l’écœurement. « Allez, vous en reprendrez bien un peu, non ? Quoi ? Vous n’en pouvez plus ? Pourtant vous trouviez cela délicieux il y a peu, qu’est-ce qui vous prend ? Sale gosse, va ! »

La puissance de l’amour, son incroyable pouvoir, devait franchement terrifier la société occidentale pour qu’elle en vienne à créer ce système destiné à vous dégoûter de ce que vous aimez.

Un chercheur américain vient de démontrer que l’infidélité est biologique. L’infidélité, selon ce savant renommé, est une stratégie génétique pour favoriser la survie de l’espèce. Vous imaginez la scène de ménage : « Mon amour, je ne t’ai pas trompée pour le plaisir : c’était pour la survie de l’espèce, figure-toi ! Peut-être que toi tu t’en fous, mais il faut bien que quelqu’un s’en préoccupe, de la survie de l’espèce ! Si tu crois que ça m’amuse !… »

Je ne suis jamais rassasié : quand une fille me plaît, je veux en tomber amoureux ; quand j’en suis amoureux, je veux l’embrasser ; quand je l’ai embrassée, je veux coucher avec elle ; quand j’ai couché avec elle, je veux vivre avec elle dans un meublé ; quand je vis avec elle dans un meublé, je veux l’épouser ; quand je l’ai épousée, je rencontre une autre fille qui me plaît. L’homme est un animal insatisfait qui hésite entre plusieurs frustrations. Si les femmes voulaient jouer finement, elles se refuseraient à eux pour qu’ils leur courent après toute leur vie.

La seule question en amour, c’est : à partir de quand commence-t-on à mentir ? Êtes-vous toujours 

aussi heureux de rentrer chez vous pour retrouver la même personne qui vous attend ? Quand vous lui dites « je t’aime », est-ce que vous le pensez toujours ? Il y aura bien – c’est fatal – un moment où vous vous forcerez. Où vos « je t’aime » n’auront plus le même goût. Pour moi, le déclic, ça a été le rasage. Je me rasais tous les soirs pour ne pas piquer Anne en l’embrassant la nuit. Et puis, un soir – elle dormait déjà (j’étais sorti sans elle jusqu’au petit jour, typiquement le genre de comportement minable que l’on se permet avec l’excuse du mariage) – je ne me suis pas rasé. Je pensais que ce n’était pas grave, puisqu’elle ne s’en rendrait pas compte. Alors que cela signifiait simplement que je ne l’aimais plus.

Quand on divorce on achète toujours La Séparation de Dan Franck. La première scène est émouvante : pendant une pièce de théâtre, l’homme s’aperçoit que sa femme ne l’aime plus car elle retire sa main de la sienne. Il tente de la reprendre mais elle l’enlève à nouveau. Je me disais : quelle salope ! Pourquoi autant de cruauté ? Ce n’est pourtant pas compliqué de laisser sa main dans la main de son mari, merde ! Jusqu’au jour où la même chose m’est arrivée. Je me suis mis à repousser la main d’Anne sans arrêt. Elle me prenait gentiment la main, ou le bras, ou bien posait sa main sur ma cuisse quand nous regardions la télé, et moi que voyais-je ? Une main molle, blanchâtre, avec la consistance d’un gant Mappa. Je frissonnais de dégoût. C’était comme si elle posait un poulpe sur moi. Je culpabilisais : mon Dieu, comment en étais-je arrivé là ? J’étais devenu la salope du livre de Dan Franck. Elle insistait pour mêler ses doigts aux miens. Je me forçais, sans parvenir à réprimer une grimace. Je me levais d’un bond, soi-disant pour aller pisser, en réalité juste pour fuir cette main. Puis je revenais sur mes pas, pris de remords, et je regardais sa main que j’avais aimée. Sa main que je lui avais demandée devant Dieu. Sa main que, trois ans plus tôt, j’aurais donné ma vie pour tenir ainsi. Et je ne ressentais que haine de moi, honte d’elle, indifférence, envie de chialer. Et je serrais contre mon cœur cette pieuvre molle, puis je lui faisais un baisemain mouillé de tristesse et de dépit.

L’amour est fini quand il n’est plus possible de revenir en arrière. C’est comme ça qu’on s’en rend compte : de l’eau a coulé sous les ponts, l’incompréhension règne ; on a rompu sans même s’en apercevoir.

 

Randevoo - Épisode 09

Randevoo - Épisode 09

November 16, 2018

قسمت 11

مرد سی ساله

 

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XI
L'homme de trente ans


Dans mon milieu, on ne se pose aucune question avant l'âge de trente ans et, à ce moment-là, bien sûr, il est trop tard pour y répondre.
Voici comment ça se passe: tu as 20 ans, tu déconnes un brin, et quand tu te réveilles tu en as 30. C'est fini: plus jamais ton âge ne commencera par un 2. Tu dois te résoudre à avoir dix ans de plus qu'il y a dix ans, et dix kilos de plus que l’année dernière. Combien d'années il te reste? 10? 20? 30? L'espérance de vie moyenne t'en accorde encore 42 si tu es un homme, 50 si tu es une femme. Mais elle ne compte pas les maladies, les cheveux qui tombent, le gâtisme, les taches sur les mains. Personne ne se pose ces questions: En avons-nous assez profité?
Aurions-nous dû vivre autrement? Sommes-nous avec la bonne personne, dans le bon endroit? Que nous propose ce monde? De la naissance à la mort, on branche nos vies sur pilotage automatique, et il faut un courage surhumain pour en dévier le cours.
À 20 ans, je croyais tout savoir de la vie. À 30 ans, j'ai appris que je ne savais rien. Je venais de passer dix années à apprendre tout ce qu'il me faudrait, par la suite, désapprendre.
Tout était trop parfait. Il faut se méfier des couples idéaux: ils aiment trop être beaux; ils se forcent à sourire, comme s'ils assuraient la promotion d'un nouveau film au Festival de Cannes. L'embêtant avec le mariage d'amour, c'est qu'il démarre trop haut. La seule chose qui puisse arriver d'étonnant à un mariage d'amour, c'est un cataclysme.
Sinon, quoi? La vie est finie. On était déjà au Paradis avant d'avoir vécu. On devra rester jusqu'à sa mort dans le même film parfait, avec le même casting impeccable. C'est invivable. Quand on a tout trop tôt, on finit par espérer un désastre, en guise de délivrance. Une catastrophe pour être soulagé.
J'ai mis longtemps à admettre que je ne m'étais marié que pour les autres, que le mariage n'est pas quelque chose que l'on fait pour soi-même. On se marie pour énerver ses amis ou faire plaisir à ses parents, souvent les deux, parfois l'inverse. De nos jours, les neuf dixièmes des épousailles bécébégés ne constituent que des passages obligés, des cérémonies mondaines où des parents coincés rendent des invitations. Parfois, dans certains cas gravement atteints, la belle-famille vérifie que son futur gendre figure dans le Bottin mondain, soupèse sa bague de fiançailles pour en vérifier le nombre de carats et insiste pour avoir un reportage dans
Point de Vue-Images du Monde. Mais ce sont vraiment des cas extrêmes.
On se marie exactement comme on passe son baccalauréat ou son permis de conduire: c'est toujours le même moule dans lequel on veut se couler pour être normal, normal, NORMAL, à tout prix. À défaut d'être au-dessus de 
tout le monde, on veut être comme tout le monde, par peur d'être en dessous. Et c'est le meilleur moyen de ruiner
un amour véritable.
Le mariage n'est d'ailleurs pas seulement un modèle imposé par l'éducation bourgeoise: il fait aussi l'objet d'un colossal lavage de cerveau publicitaire, cinématographique, journalistique, et même littéraire, une immense intox qui finit par pousser de ravissantes demoiselles à désirer la bague au doigt et la robe blanche alors que, sans cela, elles n'y auraient jamais songé. Le Grand Amour, ça oui, avec ses hauts et ses bas, bien sûr qu'elles y penseraient, sinon pourquoi vivre? Mais le Mariage, l'Institution-qui-rend-1'Amour-Chiant, “le boulet de l'amour à perpétuité et de l'accouplement à vie” (Maupassant): jamais. Dans un monde parfait, les filles de vingt ans ne seraient jamais
attirées par une invention aussi artificielle. Elles rêveraient de sincérité, de passion, d'absolu - pas d'un type en jaquette de location. Elles attendraient l'Homme qui saurait les étonner chaque jour que Dieu fait, pas l'Homme qui va leur offrir des étagères Ikéa. Elles laisseraient la Nature - c'est-à-dire le désir - faire son office. Malheureusement leur maman frustrée leur souhaite un malheur identique, et elles-mêmes ont vu trop de soap-operas. Alors elles attendent le Prince Charmant, ce concept publicitaire débile qui fabrique des déçues, des futures vieilles filles, des aigries en quête d'absolu, alors que seul un homme imparfait peut les rendre heureuses.
Bien entendu, les bourgeois vous jureront que de tels schémas n'ont plus cours, que les mœurs ont changé, mais croyez-en une victime énervée: jamais l'oppression n'a été plus violente que dans notre époque de fausse liberté. Le totalitarisme conjugal continue, chaque jour, de perpétuer le malheur, de génération en génération. On nous impose
ce pipeau en fonction de principes factices et usés, dans le but inavoué de reproduire encore et toujours un héritage de douleur et d'hypocrisie. Briser des vies reste le sport préféré des vieilles familles françaises, et elles s'y connaissent en la matière. Elles ont de l'entraînement. Oui, on peut encore l'écrire aujourd'hui: familles, je vous hais.
Je vous hais d'autant plus que je me suis rebellé beaucoup trop tard. Au fond de moi-même, j'étais bien content.
J'étais un plouc de roturier, descendant de hobereaux béarnais, fier comme un paon d'épouser Anne, l'aristochatte de porcelaine. J'ai été imprudent, fat, naïf et stupide. Je le paye cash. J'ai mérité cette débâcle. J'étais comme tout le monde, comme vous qui me lisez, persuadé d'être l'exception qui confirme la règle. Évidemment, le malheur allait
m'éviter, nous passerions entre les gouttes. L'échec n'arrive qu'aux autres. L'amour s'en est allé un jour, et j'ai été réveillé en sursaut. Jusque-là, je m'étais forcé à jouer le mari comblé. Mais je me mentais à moi-même depuis trop longtemps pour ne pas, un jour, commencer à mentir à quelqu'un d'autre.

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